Certains des sacs à dos, casquettes et autres produits dérivés portant le logo des JO 2008 de Pékin sont fabriqués dans des usines chinoises qui font travailler des enfants ou imposent de très longues journées de travail à des ouvriers payés en dessous du salaire minimum, selon un rapport publié dimanche par PlayFair 2008.
Cette alliance d'ONG, de confédérations syndicales, d'association de défense des droits de l'Homme, des travailleurs et des consommateurs a enquêté dans quatre usines du sud de la Chine qu'elle accuse de violer les normes chinoises et internationales en matière de droit du travail pour produire les produits dérivés des Jeux olympiques.
Intitulé "Pas de médaille pour les Jeux olympiques en droit du travail", ce rapport n'est pas tendre non plus avec le Comité olympique international. "Le CIO 'possède' le logo olympique et dans les faits autorise le pays hôte à l'utiliser pour un temps limité", rappelle-t-il. "Et en tant que tel, le CIO doit veiller à ce que le logo ne soit pas terni par les preuves d'abus dans les conditions de travail".
PlayFair a dit avoir envoyé un exemplaire du rapport au siège du CIO à Lausanne en lui demandant de mettre en place un système de surveillance efficace pour les fabricants qui obtienne une licence olympique.
Les responsables du comité d'organisation des Jeux de Pékin, le BOCOG selon l'acronyme anglais, se sont refusés pour l'heure à tout commentaire, expliquant ne pas avoir vu le rapport. Le CIO de son côté explique ne pas avoir de contrôle direct sur tous les produits officiels portant le logo olympique, mais mettre en place des normes qu'il entend voir respecter par les pays hôtes et les entreprises.
"Le CIO est déterminé à être un dirigeant socialement responsable du mouvement olympique qui prenne soin de la marque olympique de la meilleure façon possible", a fait savoir pour sa part la porte-parole du CIO Giselle Davies dans un communiqué, rappelant qu'il était important que le choix des fabricants soit fait en fonction de "l'éthique".
Pour les produits dérivés, le CIO reçoit des rapports réguliers d'inspections de sept entreprises, essentiellement suisses, qui distribuent les licences à des fabricants en Chine, Inde, France, Italie et Etats-Unis, a-t-elle souligné, sans annoncer de mesures supplémentaires.
PlayFair a enquêté dans quatre usines -Lekit Stationery Company, Yue Wing Cheong Light Products, Eagle Leather Products et Mainland Headwear- produisant des produits dérivés des JO dans le sud de la Chine.
Ses enquêteurs, dont certains ont réussi à se faire embaucher dans les usines en question, disent avoir découvert des heures supplémentaires forcées, des journées de 12 heures, des heures supplémentaires non payées, des enfants employés dont les plus jeunes avaient jusqu'à 12 ans, des salaires en deça du salaire minimum ou de mauvaises conditions de travail.
Trois des usines incriminées, contactées par l'Associated Press, ont assuré respecter le droit du travail. "Je ne peux pas être d'accord avec ce rapport", a assuré une responsable d'Eagle Leather, qui s'est présentée uniquement comme Mme Chang. "Notre usine fabrique des sacs pour les Jeux olympiques. Les journées vont de 8h du matin à 18h, sans heures supplémentaires, sans travail des enfants".
Mais d'après le Dr Anita Chan, sociologue de l'Université nationale australienne, les conditions de travail décrites dans le rapport sont courantes en Chine, devenu un centre mondial de la production de produits manufacturés à bas coût. "Toutes ces usines tendent à être comme ça. Il n'y a rien d'inhabituel du tout", dit-elle. "C'est une question de degré. Grâce aux Jeux olympiques, cela va peut-être devenir un problème".
Le salaire minimum dans le sud de la Chine atteint 700 yuans par mois, soit 67 euros, ajoute Anita Chan. D'après elle, le travail des enfants devient plus courant, les jeunes femmes qui constituent le gros des employés dans l'industrie textile étant moins nombreuses que les emplois.
Les JO de Pékin s'annoncent comme les plus rentables de l'histoire des Jeux avec quelque 500.000 visiteurs étrangers attendus. Les sponsors ont pris d'assaut le BOCOG, espérant profiter de l'événement pour s'illustrer sur le marché chinois en pleine expansion. D'après le rapport de PlayFair, la vente des mascottes officielles des Jeux de Pékin vont rapporter plus de 225 millions d'euros. Selon le CIO, les Jeux d'Athènes en 2004 avaient rapporté 46 millions d'euros de recettes tirées des produits dérivés.
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