La Chine, accusée d'avoir induit en erreur la communauté internationale au sujet du sras (pneumonie atypique), a démenti jeudi s'être livrée à une dissimulation analogue concernant l'épizootie de grippe aviaire qui se propage à l'heure actuelle en Asie.
Cette accusation, émise par l'hebdomadaire britannique New Scientist, est "totalement inexacte, dénuée de preuves, et relève en outre d'un irrespect de la science", a déclaré un porte-parole du ministère.
Des experts cités par le New Scientist ont jugé probable que la nouvelle épizootie de grippe aviaire, qui pourrait se révéler plus grave que le syndrome respiratoire aigu sévère (sras), ait elle aussi débuté en Chine, sans doute au premier semestre 2003.
D'après la revue, la grippe a pu tourner à l'épizootie sous les effets conjugués d'une "dissimulation" des autorités et de "pratiques agricoles discutables".
Le New Scientist note que la décision des éleveurs de volailles chinois de vacciner leurs animaux après la première apparition du virus de la grippe aviaire, le H5N1, à Hong Kong en 1997, pourrait avoir contribué au problème actuel.
Hong Kong a procédé à des abattages massifs de poulets après la mort de six personnes contaminées par le virus H5N1. Afin de protéger leurs volailles, les producteurs chinois les ont ensuite vaccinées en utilisant un virus H5N1 désactivé.
Les experts sanitaires redoutent une combinaison du virus H5N1 avec celui de la grippe humaine, qui pourrait faire de nombreuses victimes. On n'observe jusqu'ici aucun signe de transmission entre humains.
"Nous savons que des échantillons prélevés au début de l'an dernier relevaient exactement de cette souche", a déclaré Klaus Stohr, responsable du programme mondial de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Stohr n'a pas indiqué l'origine de ces premiers échantillons, mais selon le New Scientist, d'autres experts laissent entendre qu'ils venaient de Chine.
Comme la plupart des pays affectés, la Chine procède actuellement à l'élimination de dizaines de milliers de volailles dans l'espoir d'enrayer la progression du virus.
L'Asie avait été prise de court l'an dernier par la propagation du Sras, qui a tué 800 personnes dans le monde et durement frappé les économies asiatiques en faisant chuter le transport aérien et le tourisme ainsi que la fréquentation des magasins ou des restaurants.
VACCIN A L'ETUDE
Pour l'heure, la prompte réaction des gouvernements de la région et l'absence de transmission d'humain à humain ne semble pas encore menacer les économies du continent asiatique.
La Chine, la Thaïlande et huit de leurs voisins ont pris l'engagement mercredi à Bangkok d'unir leurs efforts pour combattre le virus et éradiquer la maladie. L'OMS a dit travailler à la recherche d'un vaccin.
On possède peu de précisions sur l'action qu'ils comptent mener, mais la tâche revêt une nouvelle dimension maintenant que le virus a frappé la Chine, pays qui est le plus peuplé du monde et dont l'industrie de la volaille est considérable.
Vingt-trois personnes en contact avec un élevage de canards de la région chinoise du Guangxi, proche du Vietnam, ont été placées sous surveillance, a rapporté jeudi le China News Service en ne signalant toutefois aucun cas d'infection parmi elles. Les autorités ont confirmé que des canards étaient atteints du virus H5N1 au Guangxi.
En Thaïlande, le Premier Thaksin Shinawatra, accusé lui aussi d'avoir dissimulé la grippe aviaire dans son pays où deux personnes sont décédées, a reconnu mercredi que le gouvernement de Bangkok avait mal organisé sa réaction initiale à la crise.
Le porte-parole de l'OMS Peter Cordingley a toutefois estimé que la conférence de Bangkok, à laquelle participaient des représentants de l'Union européenne et des Etats-Unis, constituait un bon début.
Le communiqué publié à l'issue de la conférence préconise un "abattage rapide" comme solution prioritaire.
L'Indonésie, qui avait d'abord estimé ne pas pouvoir se permettre d'éliminer des poulets à grande échelle, est revenue sur cette position jeudi. Son ministre de l'Agriculture, Bungaran Saragih, a fait savoir qu'un montant de 212 milliards de roupies (25,4 millions de dollars) avait été débloqué pour l'abattage de volailles et la vaccination d'animaux sains.
"Nous estimons pouvoir maîtriser cette grippe aviaire en six mois", a dit Saragih lors d'une séance parlementaire.
Des experts pensent que les humains infectés l'ont été directement par des oiseaux. L'OMS étudie la mise au point d'un vaccin avec des groupes pharmaceutiques et des laboratoires internationaux, objectif qui pourrait prendre environ six mois.
Un expert hongkongais a dit que le nombre élevé de canards mourant de la grippe en Chine méridionale suggérait un renforcement du virus et une menace accrue pour les humains.
Taiwan a signalé de nouveaux cas d'une forme atténuée du virus, le H5N2, chez des canards élevés dans le sud-ouest de l'île, et a décidé de porter à 50.000 le nombre d'animaux qui seront éliminés, ont rapporté des responsables jeudi. Les premiers cas avaient été constatés à Taiwan à la mi-janvier.
Le Sri Lanka, l'Afghanistan et l'Arabie saoudite se sont joints aux pays qui ont interdit les importations de volailles de divers pays en raison de la grippe aviaire. La mesure sri-lankaise concerne toute l'Asie et celle de Ryad sept pays de la région. L'interdiction afghane affecte le Pakistan.
Reuters
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