France-Chine : entre concurrence et partenariat
COMMERCE
Pour assurer son développement, la Chine a besoin de transferts technologiques massifs. De tels transferts ne vont-ils pas exacerber une concurrence déjà très sensible par les coûts ? Il ne faut pas se cacher que nous sommes engagés dans une dialectique délicate de concurrence et de partenariat avec les pays émergents et en premier lieu avec la Chine.
On sait l'immense réservoir de main-d'oeuvre à faible coût dont dispose la Chine, qui va devoir convertir aux emplois de l'industrie et des services des centaines de millions de personnes. Une croissance régulière de 8 à 9 % par an depuis plus de vingt ans a déjà permis à plus de 300 millions de Chinois de sortir de la pauvreté. Quelle que soit l'importance des problèmes soulevés par cette évolution, cette dynamique se poursuit. On sait aussi la qualité de l'enseignement chinois, la rude sélection qui conduit 9 % d'une classe d'âge à l'université. La performance du système universitaire fait que tous ceux qui s'y trouvent admis en ressortent diplômés. Ces 9 % représentent plus d'étudiants que tous ceux de l'Union européenne !
La concurrence par les coûts va durer. Les industries de main-d'oeuvre vont migrer vers l'ouest de la Chine au fur et à mesure de l'évolution du niveau de vie et des coûts sur la côte Est. Cette évolution est déjà sensible.
Indispensables à la Chine, les partenariats technologiques nous sont nécessaires, pour deux raisons. La première est l'immensité et le dynamisme du marché chinois, dont nos entreprises ne peuvent être absentes. Si le transfert de 15 à 20 % d'une ligne de production en Chine permet d'augmenter de 30 à 40 % le chiffre d'affaires d'une entreprise et de l'ancrer sur ce marché, les deux parties sont gagnantes.
La seconde porte sur le développement durable. Si la Chine devait continuer à produire son ciment, son acier, ses engrais... ou à faire fonctionner ses centrales thermiques avec des technologies désuètes et polluantes, ce concept serait mort-né. Ce que nous redoutons pour la planète deviendrait hautement probable.
Ces transferts technologiques associés au réservoir de main-d'oeuvre à faible coût et à une capacité d'innovation qui va croissant nous obligent à nous adapter à cette dialectique de concurrence et de partenariat. Nous y avons déjà été confrontés dans le passé avec certains pays asiatiques. Mais la dimension de la Chine lui confère une intensité exceptionnelle, qui exige une stratégie adaptée. Nous ne tiendrons le choc qu'avec une stratégie de maintien permanent d'une avance technologique. Il est plus que temps de redynamiser notre capacité d'innovation, d'en faire une grande cause nationale. Nos emplois et notre niveau de vie futurs en dépendent.
L'Académie des technologies s'est engagée dans des partenariats très concrets avec l'Académie chinoise, à l'occasion de la visite à Paris du Premier ministre chinois, Wen Jiabao. Dans le même temps, elle travaillera à l'indispensable renouveau du système français de recherche et d'innovation. La loi d'orientation de la recherche actuellement en discussion est une première étape. Nous devons faire en sorte qu'un sursaut conduise notre pays à se replacer aux avant-postes de l'innovation technologique.
FRANÇOIS GUINOT - www.lesechos.fr
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