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Foi florissante en Chine communiste--Les églises attirent toujours des foules

Ce n'est pas tout à fait une église. Mais ce dimanche – un dimanche comme les autres – cet immeuble indéfinissable à deux étages, situé en banlieue de la capitale de Chine, grouille de jeunes et de moins jeunes assis tranquillement sur des chaises en formica, tenant respectueusement en main une Bible en chinois...

Il est huit heures et demi du matin. La salle du deuxième étage où se situe la chapelle est déjà remplie par la foule. Certains descendent au premier étage et s'assoient devant une télévision pour accéder au service virtuel à partir de neuf heures.

Bienvenue à Taipingzhuang – un « point de rencontre » (un espace de culte non officiel) qui se trouve à environ 50 km au sud-ouest du centre de la ville, accueillant les chrétiens venus du canton de Fangshan pour le culte et l'assemblée. Cet immeuble n'est pas encore qualifié comme église faute de pasteur à plein temps. Mais les membres de l'assemblée ont augmenté de 200 au début jusqu'à 500 d'aujourd'hui. Ce sera seulement une question de temps (et d'une « injection » de fonds) avant qu'ils puissent employer leur propre pasteur et s'inscrire comme église.

« Nous partageons nos témoignages et nous nous encourageons dans les difficultés de la vie quotidienne. » dit la responsable laïque Cao Yuling quand on lui demande pourquoi les gens sont intéressés par ce « point de rencontre ». Madame Cao prêche quand le Conseil de chrétiens de Beijing (un organe de l'église protestante reconnu par l'Etat auquel ce groupe s'affilie) n'arrive pas à envoyer un pasteur. Elle dit que la majorité des membres sont des retraités, des enseignants et des chômeurs qui sont souvent aux prises avec des problèmes de liens familiaux et de santé.

L'office à Taipingzhuang est puissant. Les chants et les réponses aux Psaumes se répercutent à travers les salles de l'immeuble qui se situe ironiquement à côté d'un panneau géant portant les images des ex-chefs du parti communiste y compris celle de Mao Zedong qui fit une déclaration fameuse : « La religion est l'opium du peuple. »

« Nous devons montrer à la société ce qu'est l'amour. La tradition chinoise ne nous pas enseigné à nous aimer les uns les autres sans condition. Ca a toujours été : aimez quelqu'un qui peut vous offrir quelque chose en retour. » dit Chen Yuexin, nouveau diplômé et membre du Séminaire de théologie Yanjing. Il est envoyé prêcher ce dimanche. « Nous devons aimer les chrétiens et aussi les non chrétiens. »

Il fait un exposé pendant 40 minutes sur l'Evangile de Saint Jean 13,34-35, lecture du jour : « Je vous donne ce commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » « L'amour signifie de ne pas discriminer les pauvres, ajoute-t-il, les biens matériels ne peuvent compenser l'amour. Les gens riches de la Chine ne se soucient pas des pauvres. » En surfant sur Internet, nous dit-il, il a appris qu'il y a 203,000 individus parmi les 1.2 billion des Chinois qui possèdent un montant minimum de 1 million de dollars US et ces gens ne dépensent pas un sous pour aider les pauvres.

Cependant, Monsieur Chen s'en tient à ce point. Il ne critique ni le gouvernement, ni les institutions qui encouragent ce déséquilibre croissant dans une puissance économique qui atteint le sixième rang mondial. Il a quand même fait quelque chose d'impensable en Chine totalitariste il y a une dizaine d'années : utiliser la chaire pour un commentaire social même doux, sans d'ailleurs qu'il n'atteigne directement les puissances en cause.

Dans la région rurale de Kunming au sud-ouest de Chine, environs 90 étudiants représentant 18 minorités souffrent de conditions de vie difficiles au Séminaire de Théologie du Yunnan dans des locaux trop étroits et dépourvus de chauffage. Ils sont formés à devenir pasteurs dans cette province dont la majorité des habitants appartiennent à des minorités ethniques parmi lesquelles la population chrétienne s'augmente. La province possède seulement 80 pasteurs pour administrer 800,000 protestants dans les églises enregistrées.

Le nombre de chrétiens – protestants et catholiques – a énormément augmenté après la mort de Mao en 1976 et ensuite avec la politique de « porte ouverte » (nommée « socialisme de marché» par les chefs du Parti) de Deng Xiaoping en 1978. Ce qui est remarquable, c'est que la croissance n'a pas diminué malgré l'attitude ambivalente de Beijing vis-à-vis des religions : d'un côté, Beijing déclare la liberté de religions et soutient de temps en temps financièrement la construction des églises inscrites auprès du gouvernement ; d'un autre, Beijing étouffe d'autres églises suspectées de comploter pour semer l'instabilité. La croissance a été formidable en dépit du fait que l'évangélisation publique est interdite par le gouvernement.

Les responsables des églises inscrites officiellement disent qu'ils baptisent un million de nouveaux fidèles chaque année. Le chiffre est plus élevé dans les soi-disant « églises domestiques ou clandestines » qui refusent d'être enregistrées auprès du gouvernement, selon certains spécialistes de Hongkong et de l'Occident.

« Ils sont ouverts au monde extérieur. Beaucoup de nos jeunes fidèles connaissent l'Eglise protestante grâce à leur ouverture à la culture occidentale. » nous a dit le pasteur Cao Shengjie, président du Conseil chrétien de Chine expliquant l'intérêt des Chinois pour le christianisme. « Un autre élément, c'est que le peuple se rend compte, malgré le développement économique, que l'homme ne vit pas seulement de pain. Il a un besoin spirituel et c'est une soif éternelle. »

David Aikman, ex-chef du magazine « Time » du bureau de Beijing a écrit dans son livre titré « Jésus à Beijing » : le christianisme émerge en Chine en un temps où il y a un vide massif d'idéologie dans la société, dû à l'effondrement national de la croyance au Marxisme-Léninisme. »

MEPASIE

 

Le 18 juin 2005
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