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Flambée de l'art asiatique

ART CHINOIS

Copyright © Le Monde - Daweide, le 15-01-2007 00:00
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Evaluée à 10 % par an, la croissance économique de la Chine profite par ricochet au marché de l'art. Riche de 320 000 grandes fortunes, l'empire du Milieu compterait même quinze milliardaires en dollars d'après le magazine Forbes. Ce flux d'argent a largement contribué depuis deux ans à la flambée des prix en art asiatique. "La surchauffe du marché s'explique peut-être par le fait que la Bourse en Chine ne se porte pas bien et que le boom immobilier a ralenti", analyse le collectionneur Bonko Chan, directeur de China Assets.

L'appétit spéculatif des Chinois se concentre sur la céramique impériale. En 2005, un vase Yuan bleu et blanc s'est adjugé pour 15,6 millions de livres sterling (23,2 millions d'euros) chez Christie's. Sans égaler ce record, l'année 2006 fut jalonnée d'enchères étincelantes. Le 28 novembre chez Christie's à Hongkong, un bol de la période Qing a atteint 19,6 millions de dollars. Mis en vente par le collectionneur Robert Chang, ce bol fut acheté par... sa soeur, Alice Cheng. Le fait que vendeur et acheteur appartiennent à la même famille présage d'un marché plutôt malsain. Le 15 novembre à Drouot, le marchand John Eskenazi a enfin acquis un vase piriforme orné d'émaux bleus sous couverte, d'époque Yuan (2e quart du XIVe siècle), pour 2 millions d'euros.Occidentaux et Asiatiques diffèrent dans leur approche des objets. "Les Européens aiment les objets qui ont vécu, alors que les Asiatiques sont chatouilleux sur les défauts d'une pièce, car ils remettent régulièrement sur le marché, parfois au bout de deux ans", indique Philippe Delalande, spécialiste de Christie's. L'emballement ne profite pas à tous les secteurs. Les Asiatiques boudent pour l'heure les porcelaines d'exportation, la statuaire, la terre cuite et les objets funéraires.

La flambée de l'art contemporain chinois repose pour 50 % sur l'activisme des étrangers. Acheteur de la première heure, le collectionneur belge Guy Ullens va même ouvrir prochainement une fondation à Pékin.

PLUS-VALUES RAPIDES

Récent dans la danse, le Britannique Charles Saatchi a acquis en octobre chez Christie's une toile de Zhang Xiao Gang, A Big Family, pour 769 600 livres sterling (1,1 million d'euros). Surfant sur la vague, il compte rouvrir sa galerie londonienne en juin avec une exposition d'artistes chinois. Le marchand genevois Pierre Huber et l'ancien mentor de la Foire de Bâle, Lorenzo Rudolf veulent enfin offrir une plate-forme à l'art asiatique avec la foire ShContemporary, prévue à Shanghaï en septembre prochain.

Alléchés par les perspectives de plus-values rapides, les Asiatiques ont récemment investi ce secteur. Le collectionneur Dai Zhikang, fondateur du groupe immobilier Zendai, déclarait lors d'un colloque organisé en septembre à Shanghaï : "L'art et le business ne sont pas contradictoires. L'art peut être un business et le business peut être de l'art". On croit entendre en écho l'artiste Andy Warhol, qui affirmait que "gagner de l'argent est un art et travailler est un art et faire de bonnes affaires est du grand art" !

Aujourd'hui, les acheteurs ne semblent guère soucieux de qualité et misent cher pour des oeuvres anecdotiques ou décoratives. Zhang Xiao Gang est aujourd'hui l'un des peintres chinois les plus cotés. En mars 2006 chez Sotheby's, un Chinois de Singapour a payé 979 200 dollars pour l'un de ses tableaux.

Fort de cet antécédent, un Taïwanais en a profité pour revendre en septembre pour 884 000 dollars une toile achetée trois ans plus tôt pour 30 000 dollars. En novembre enfin chez Christie's à Hongkong, une autre pièce, baptisée Tiananmen Square, a décroché 2,3 millions de dollars.

Le spécialiste Jean-Marc Decrop observe toutefois que le record en matière d'art contemporain chinois revient à une oeuvre de Liu Xiaodong. Ce tableau, intitulé Trois-Gorges, fut adjugé pour 22 millions de yuans (2,1 millions d'euros) le 21 novembre dans la maison de vente pékinoise Baoli. Ironiquement, en 2001, la galerie Loft proposait des oeuvres de cet artiste entre 8 000 et 35 000 euros sans trouver preneur. "Je suis convaincu qu'après le rattrapage, les artistes chinois vont bientôt dépasser la cote des artistes occidentaux, qu'un Zhang Xiao Gang ou un Liu Xiaodong vaudront plus qu'un Richard Prince ou un Ed Ruscha, affirme Jean-Marc Decrop. Un peu comme un remake des années 1960, où les artistes américains ont devancé les Européens, on dira des années 2010, après les Jeux olympiques de Pékin et l'Exposition universelle de Shanghaï, que les artistes chinois ont dépassé les Américains."

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