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Exposition "Montagnes Célestes" - Trésors des musées de Chine

Cette exposition est conçue dans le cadre des Années croisées France-Chine, et organisée par l'Association française d'Action artistique /Ministère des Affaires étrangères, la Réunion des musées nationaux/musée des Arts asiatiques-Guimet, le Ministère de la Culture et de la Communication, avec le concours exceptionnel du Bureau national du Patrimoine de la République populaire de Chine.

Elle est réalisée grâce au soutien de LVMH / Moët Hennessy et de Louis Vuitton et a bénéficié du partenariat de La Maison de la Chine.
« Le saint, portant en lui la Voie, répond aux êtres et aux choses,
et le sage, au cœur purifié, apprécie leurs images.
Des montagnes et des rivières, ces tangibles,
leur charme est spirituel. »

Zong Bing (fin IVe-début Ve siècle),
Introduction à la peinture de Paysage (Hua shanshui xu)


Canevas ancestral du paysage, montagnes (shan) et rivières (shui) occupent dans l'art chinois une place centrale. L'exposition propose un large aperçu d'un des thèmes les plus remarquables de l'art chinois grâce aux prêts exceptionnels des musées de la République populaire de Chine (de Beijing, de Shanghai, de Tianjin, de Nanjing, et du Liaoning) et à quelques œuvres issues des collections françaises — au total une centaine de peintures du XIIe au XIXe siècle et une cinquantaine d'objets archéologiques.

Dimensions mythiques et religieuses des montagnes et des eaux.

Yu le Grand, fondateur de la dynastie royale légendaire des Xia (2207-1766 av J.-C.), « combla les eaux débordées avec de la terre vivante de façon à former les montagnes éminentes » (Huainan Zi). Dans ce paysage primitif se dressent cinq pics sacrés (wu yue), ces piliers soutenant l'azur : le Taishan à l'est (Sandong), le Songshan au centre (Henan), le Hengshan au nord (Hebei), le Hangshan au sud (Hunan), le Huashan à l'ouest (Shanxi). Plus généralement, les montagnes et les cours d'eau étaient considérés comme de véritables puissances divines auxquelles on sacrifiait. Les monts sacrés étaient pris à témoin lors de l'investiture du souverain ; le Mont Fu « collaborait » au choix de l'emblème du monarque en émettant, dit-on, une vapeur colorée : jaune pour l'Empereur Jaune, rouge pour le prince Yao... La religion pan-chinoise (avant que le taoïsme et le confucianisme ne se constituent en religions au IIe siècle de notre ère) fit également de ces lieux la frontière perméable avec le domaine divin.

Depuis l'époque agitée des « Royaumes combattants » (475-221 av J.-C.) se développent les croyances « taoïstes ». « Tous ceux qui veulent pratiquer la Voie (Dao) et fabriquer les drogues [de l'immortalité], éviter les troubles et vivre cachés, tous ceux-là doivent entrer dans la montagne » (Baopuzi Neipian). Retrouver le chant des harmonies primitives, au cœur des transformations yin/yang, tel est le but de ces saints et immortels que des brûle-parfums funéraires en forme de montagnes représentent chevauchant dragons et nuages. Cependant, « entrer dans la montagne » peuplée de créatures inquiétantes reste périlleux. Seuls s'y aventurent, parés contre les mauvais esprits, l'âme volatile des défunts, grâce à la vaisselle rituelle déposée dans le sépulcre, et les chamanes, lors de leurs voyages extatiques, grâce au grand miroir qu'ils portent sur le dos.

L'expérience individuelle des poètes et des peintres.

A partir du IVe siècle, le regard porté sur la nature se détache peu à peu ; la peinture de paysage peut naître, sous le pinceau des poètes, d'abord, puis sous celui des peintres. La montagne, les fleuves à perte de vue, devient le lieu recherché d'une quête de soi-même. En effet, venu de l'Inde par l'Asie centrale, le bouddhisme, attesté en Chine depuis le Ier siècle de notre ère et qui va s'harmoniser à la pensée traditionnelle, apporte un regard nouveau. C'est la perception du monde qui nous entoure, l'idée qu'on s'en fait, les désirs qu'on y projette qui sont la cause de nos souffrances. Au-delà de la contingence des choses, c'est leur principe qu'il faut viser.

Le taoïsme enseignait la retraite, ainsi fera le bouddhisme. A la suite des moines, les artistes aspireront à l'érémitisme, sur un mode idéal toutefois, puisqu'ils doivent aussi répondre, le plus souvent, à leurs charges (administratives) de « lettrés ». Dès les Ve et VIe siècles de notre ère, de nombreux écrits théoriques sur la peinture de paysage voient le jour (dont ceux de Zong Bing, Wang Wei et plus tard Zhang Yanyuan). L'exposition présente, dans ce domaine du paysage, un vaste panorama des plus belles œuvres chinoises depuis la dynastie des Song jusqu'à celle des Qing.

De Ni Zan (1301-1374), Wang Lü (fin XIVe), Ni Duan (actif au début XVe), Tang Yin (1470-1523), Qiu Ying (actif au début XVIe), jusqu'aux grands peintres indépendants comme Shitao (1763-1844) ou Zhuda (1626-1718), deux grands styles se distinguent. L'un, rendu dans un riche chromatisme, évoque ces « gorges ombreuses parcourues de torrents, au pied de massifs vertigineux enveloppés d'écharpes de nuages, et, sans transition, [ces] murailles rocheuses de cirques giboyeux alternant avec de larges vallées ouvertes sur l'infini d'autres montagnes par delà d'autres eaux » (Jacques Giès). L'autre, plus dépouillé, serait cette « empreinte du sceau du cœur » (comme il se dit de la calligraphie) aux jeux d'encre allusifs, fondé sur une économie du vide, « silence des hauteurs ou des eaux ouatées de brumes, mais aussi, au-delà d'un surplomb, évocation d'un horizon ouvert où le regard se perd et peut à loisir recomposer un panorama idéal » (Jacques Giès).

Le sacré revisité des montagnes et des eaux.

« L'idée — la saveur — des œuvres antiques » dont parle Zhao Mengfu, des Yuan (XIIIe-début XIVe), ce recours à l'antique, initié sous les Tang (618-907), connaît un nouveau souffle, dès la fin de la dynastie des Ming. Shen Zhou (1427-1535) l'un des maîtres de l'école de Wu, est l'un des premiers peintres à assumer, voire à revendiquer l'héritage des grands maîtres de la peinture Yuan. Le génie d'un Wen Zhengming (1470-1559) ou d'un Qiu Ying (actif au début XVIe) montre que, loin de confiner l'artiste à une pure imitation, le style « à la manière de » possède, comme le développent les lettrés Ming, la notion de transformation, chère à la pensée chinoise, et de renouveau. Parallèlement, une thématique inspirée des temps anciens voit le jour. Les peintures font écho aux récits fourmillant de divinités et de démons comme le rocambolesque Voyage en Occident (Xiyou ji) de Wu Cheng'en (1506-1582) contant le pèlerinage en Inde que fit le bouddhiste Xuan Zang entre 629 et 645. L'avènement de la dynastie mandchoue des Qing (1644-1911) provoque chez certains peintres comme Kun Can, Hong Ren, Shitao et Zhuda un repli identitaire sur cette culture chinoise qu'ils craignent voir s'évanouir sous l'influence de traditions barbares. De leur côté, les empereurs Qing, en quête de légitimité, puisent eux aussi dans le passé chinois, accentuant ce trait archaïsant.

L'exposition présente également quelques photographies de Marc Riboud des Huangshan, chaîne de montagnes élue par les peintres pour son caractère particulièrement mystérieux et onirique.

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Le 24 juin 2004
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