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600 entreprises françaises déjà implantées en Chine

Olivier Candiotti est le chef de la Mission économique française pour la Chine du Sud, à Canton.
1 - Des entreprises françaises, grands groupes et PME, ont choisi de s'implanter en Chine. Quel état des lieux peut-on dresser de la présence française ?
Olivier Candiotti. - Depuis 1994, la présence française en Chine a été multipliée par quatre. Le dernier recensement effectué auprès des Missions économiques a montré que 600 entreprises françaises différentes sont présentes au travers de plus de 1.000 implantations. Elles emploient entre 150.000 et 175.000 personnes et leur chiffre d'affaires cumulé dépasse les 15 milliards de dollars.

En termes de parts de marché, nos résultats restent cependant modestes. Nous nous situons loin derrière l'Allemagne dont les grands groupes, comme Siemens ou Volkswagen, pèsent sur les statistiques, mais le tissu français est plus diversifié. La grande majorité des bureaux de représentation de nos entreprises est basée à Pékin ou à Shangaï.

En revanche, les implantations industrielles sont réparties entre la région de Shangaï et la Chine du Sud, autour de Canton. L'accession de la Chine à l'Organisation mondiale du commerce au début des années 2000 a démythifié la difficulté d'accès à cet immense marché, incitant de grands groupes jusqu'ici un peu frileux...
2 - Ce phénomène va-t-il s'accentuer au cours des prochaines années ?

O.C. - La présence française devrait encore progresser de façon spectaculaire en 2005, notamment grâce à la capacité d'absorption du marché chinois, toujours demandeur de beaucoup de choses et qui offre des opportunités phénoménales.
Le gouvernement, sous l'impulsion du chef de l'État, déploie aussi beaucoup d'efforts. Un plan de prospection du marché chinois est mis en œuvre dans le cadre de l'objectif « 1.000 PME », et nous préparons un grand forum Chine-France à la mi-novembre à Shangaï, avec des extensions possibles à Canton et à Hong-Kong. J'ajoute, ce qui peut être intéressant pour la Bourgogne, que la Chine côtière accueille une population aux revenus de plus en plus élevés attirée par les biens de consommation, l'agroalimentaire, les arts de la table...

3 - Précisément, dans quels secteurs le marché chinois offre-t-il les débouchés les plus prometteurs ?

O.C. - La Chine est demandeuse de transferts de technologie, d'automobiles, un domaine où les compétences de nos équipementiers sont très recherchées, d'environnement, de nucléaire, de cosmétiques, d'agroalimentaire... Dans les grandes villes de la côte, la génération des 18-35 ans est avide de découvrir les restaurants, la cuisine, les produits français. Une parenthèse à propos du vin, dont les producteurs en France connaissent actuellement quelques difficultés.

Ils ont tout intérêt à se positionner sur le moyen et haut de gamme, ce qui est d'ailleurs le « créneau » naturel de la Bourgogne. Le bas de gamme n'intéresse pas les Chinois, et il est déjà occupé par les Espagnols. Les ventes vont progresser mais les volumes ne seront cependant pas considérables. Les Chinois ont besoin d'un apprentissage du vin, à accompagner par de la promotion...

4 - Quels sont les principaux pays concurrents de la France ?

O.C. - Les mieux implantés en Chine sont logiquement ses voisins, les pays d'Asie du Sud-Est comme le Japon, la Corée, Taïwan. Le commerce bilatéral est aussi très fort avec les États-Unis, et il y a l'axe Australie-Nouvelle-Zélande.

L'Europe se situe derrière, et au sein de l'Europe, l'Allemagne se dégage nettement, en partie grâce à la puissance de Volkswagen. On constate beaucoup d'agressivité de la part des Anglais, des Italiens, des Espagnols. La France se trouve dans ce groupe, parmi les quatre ou cinq premiers européens...

5 - Le rachat de Marionnaud par un milliardaire de Hong-Kong signifie-t-il que la Chine est le nouveau poids lourd de l'économie mondialisée, avec lequel il faut désormais compter ?

O.C. - Il y a dix ou quinze ans, les importations chinoises en France et en Europe faisaient peur.

Puis, au début des années 2000, on a découvert l'émergeance de grands groupes chinois privés ou para-publics structurés, possédant une vraie stratégie internationale et n'hésitant plus à franchir le pas du rachat et de l'implantation à l'étranger. La France a fait le pari d'accompagner ce mouvement. Il nous faut suivre de manière précise et surtout ne pas avoir peur de ces grands groupes qui sont des repreneurs potentiels pour les PME françaises sans successeur. Beaucoup d'entre eux ont atteint la taille internationale, et c'est un phénomène très nouveau. Vous citez Marionnaud, mais le groupe TCL a racheté 67 % de Thomson Télévision, tout en développant un partenariat stratégique avec Alcatel Mobile.

« Le Cabanon » un fabricant de concentré de tomates du sud de la France, a aussi été repris par des Chinois. La Chine joue maintenant sur la scène mondiale. Il s'agit d'un virage majeur...
Propos recueillis par J-Ph. CHAPELON

Le Bien Public
 

Le 29 janvier 2005
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