Le Saint-Siège et la Chine populaire n'ont aucune relation officielle, mais ils partagent un même principe de gouvernement : à Rome comme à Pékin, le souverain dispose a priori d'un mandat illimité. Le successeur de Jean-Paul II trouvera donc en Hu Jintao un chef d'Etat qui, comme lui, s'installe pour durer. A cet horizon, l'espoir d'un dégel sous le nouveau pontificat semble raisonnable. Mais cela de risque de prendre du temps.
Pékin ne s'est pas beaucoup exposé en présentant ses condoléances. «Nous espérons que des conditions favorables à une amélioration des relations entre la Chine et le Vatican se présenteront sous la conduite d'un nouveau pape», avançait dimanche Liu Jianchao, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. L'Église catholique officielle, noyautée par le régime, a souhaité mezzo voce que le successeur à Rome puisse concrétiser le voeu inabouti du défunt : un voyage en République populaire.
Au-delà de ces amabilités dictées par la mort de Jean-Paul II, il est difficile d'imaginer une suite. Le deuil des 12 millions de Chinois catholiques est manifeste à Pékin, Tianjin ou Shanghaï. Mais il n'a rien changé à la répression quotidienne dirigée contre les ouailles du Vatican.
Pendant l'agonie de Jean-Paul II, la police a multiplié les rafles dans l'Église du silence, rituelles à l'approche de Pâques. Le Vatican et la Fondation Cardinal-Kung, groupe qui défend les Catholiques clandestins, ont annoncé ces derniers jours l'arrestation de Mgr Giacomo Lin Xili, 86 ans, évêque de Wenzhou (Sud-Est), de Mgr Yao Liang, 80 ans, évêque auxiliaire dans le Hebei (Nord), et de deux prêtres, les pères Tomasso Zhao Kexiun et Wang Jingling, tous deux dans le Hebei.
La sûreté chinoise n'a pas non plus d'états d'âme. Les grands portails de l'Internet chinois bloquent depuis hier la diffusion des hommages honorant la mémoire de Jean-Paul II. L'un des responsables a expliqué sans rire à l'AFP qu'il «ne s'agit pas de supprimer ces messages, mais d'en limiter la lecture à ceux qui les ont écrits».
Dans les années 1980, Pékin a desserré l'étau et cessé d'identifier la foi religieuse à «l'opium du peuple». Aujourd'hui, la doctrine en vue est celle de «l'adaptation mutuelle» entre le socialisme et la religion, officiellement corroborée par l'essor de cinq religions reconnues par la dictature : bouddhisme, taoïsme, islam, catholicisme et protes tantisme. Peut-être vaudrait-il mieux parler d'effondrement de l'idéologie et de vide spirituel. La République populaire reconnaît désormais plus de croyants (au-delà de 100 millions) que de membres du Parti unique (65 millions environ).
Les chiffres officiels recouvrent une réalité moins plaisante. Le régime ne tolère d'activité religieuse que subordonnée à des organisations qu'il contrôle, comme l'Association patriotique des catholiques de Chine (APCC). Hors de ce cadre, il n'existe que des «sectes», réprimées pour subversion du pouvoir de l'État. L'Église du silence en est une, parce qu'elle reconnaît l'autorité du Vatican et refuse celle du Parti.
A Pékin, l'axiome est inaltérable depuis la révolte de Tiananmen, en 1989 : le Parti unique refuse d'accepter quelque contre-pouvoir que ce soit, même dans le domaine spirituel. L'Église romaine lui oppose son propre dogme : celui de l'universalité de l'autorité du Pape sur les catholiques, mêmes chinois. Entre les deux, il sera difficile de trouver l'espace d'un compromis.
Le Figaro
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