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"Double bonheur", un livre de Stéphane FIERE

DOUBLE BONHEUR

Copyright © Chine Informations le 27-03-2011 12:40
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Double Bonheur - Stéphane FIERE

DOUBLE BONHEUR

Peut-on changer d'identité en même temps que de pays? Quand il se retrouve à Shanghai François Lizeaux a 24 ans et des rêves plein la tête. Fort de sa seule connaissance de la langue chinoise, il arrive dans un monde dont il a beaucoup rêvé, mais dont il ne sait à peu près rien. Qu'importe! Le jeune homme a bien l'intention de se faire une place au sein de cette ville gargantuesque et fébrile, où il se sent étrangement chez lui. Au consulat de France, où il exerce la fonction d'interprète, sa bonne volonté lui vaut pourtant très vite quelques déconvenues. Taillable et corvéable à merci, il découvre, au fil de ses missions, l'univers sans gloire des expatriés. Peu à peu, l'écart se creuse avec ses compatriotes. Si bien que l'interprète, qui s'est familiarisé avec les modes de vie locaux, se rapproche insensiblement de ses interlocuteurs chinois. Ingénu et roublard, il va se lancer dans des activités louches mais lucratives qui ne tarderont pas à le dépasser. Jusqu'au jour où son amour pour la belle An Lili le fera basculer du côté chinois, du moins le croira-t-il. Car il n'est pas si facile de se défaire de ses origines, pas plus qu'il n'est aisé de se fondre dans la culture de l'autre, au risque de se perdre. Un grand danger dont le héros de cette histoire à la fois cocasse, cruelle et troublante fera les frais.

Inventif, plein d'ironie, le style de Stéphane Fière rend compte avec brio des métamorphoses de son personnage. Son récit tour à tour drôle et féroce, nous entraîne dans une Chine parfaitement vraisemblable, où se joue un épisode de la mondialisation.

EXTRAIT

Les Chinois m'appellent Fanshe.
Moi, ça me plaît bien, le son chante agréablement à mes oreilles, même si les deux caractères n'ont aucun sens, il s'agit simplement de la transposition phonétique de mon prénom.
Je ne suis pourtant qu'un vulgaire Blanc à la peau grasse de cochon rose, un diable velu, une créature d'au-delà des terres civilisées ; un laowai*, sans idées ni culture, gavé de viandes hachées sur trois étages suintants de fromage fondu, collé à mes seaux de frites françaises ou de maïs sauteur, à mes Coca-Cola remplis de glaçons, vautré sur un canapé devant la télévision allumée vingt-quatre heures sur vingt-quatre, des billets de cent dollars débordant de toutes mes poches. Mon prénom, crûment anglicisé dans un détestable “Frank”, entérinait sans ambiguïtés cette étrangéité de naissance. Mais je n'ai rien d'un meiguo ren**, je ne réponds jamais en anglais aux questions qu'ils me posent (je feins l'incompréhension), je ne conduis pas de “Kadila” rose bonbon avec des chromes miroitants et je ne possède aucun lien de parenté avec l'arbre à sous dont ils s'apprêtent à secouer les branches pour en récolter les fruits tant convoités.
J'ai donc vite conclu à la nécessité d'une autre identité ; une évidence qui s'imposa d'elle-même, pour faciliter ma volonté d'in-té-gra-tion et satisfaire mes aspirations à une légitimité normalement impensable dans un monde par nature impéné­trable, mystérieux, inintelligible.
Et quel symbole plus emblématique qu'un prénom pour enta­mer la mutation qui permettra d'effacer les traces, de déta­cher les longes reliant au passé, de se perdre – ou se trouver – sur la vaste plaine d'une vie : chinoise ?
Dans les rencontres officielles, devant des gens qui ne me connaissent pas, si je dois me présenter je deviens Li Xian­sheng ; je me redresse, je souris et j'incline légèrement le buste. On ne se serre jamais la main, nous n'avons pas cette curieuse pratique dans nos traditions.
Maintenant lorsque j'entends mon nom, M. Li, je ne suis pas étonné, je sais que c'est moi et j'assume sans embarras ma nouvelle personnalité ; le contraire eût été désobligeant et ici on ne froisse pas impunément les sensibilités, il faut s'accou­tumer à ne jamais faire perdre la face à ses interlocu­teurs. Quant au caractère Li, il existe déjà, lui, un nom de famille très répandu, depuis la nuit des temps, et qui s'est natu­rellement substitué au mien.
Avec les filles je suis Xiao Li, c'est plus intime.

Stéphane FIERE

Après Sciences-po et des études de chinois et de sciences politiques à Harvard, une carrière professionnelle aux Etats-Unis, Stéphane FIERE travaille à Pékin depuis plusieurs années. Il vit dans le monde chinois depuis vingt ans, parle le mandarin et s'est toujours inséré dans les communautés chinoises (et non d'expatriés) et selon les modes de vie chinois, que ce soit à Taiwan, à Hong Kong, aux Etats-Unis ou en Chine.

Editions Métailié
Paru le 20/01/2011
360 pages, 18 €
ISBN 978-2-86424-757-9

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