Crise de l'eau en Afrique : la société chinoise Sinohydro assure de son expertise pour des grands projets

Au troisième et dernier jour dimanche du 2e New York Forum Africa, forum économique lancé en juin 2012 à Libreville au Gabon, un moment de discussions a été consacré à la crise de l'eau en Afrique, pour laquelle la compagnie chinoise Sinohydro, leader mondial pour la construction des barrages hydroélectriques, a assuré de son expertise pour de tels projets.

Pour Song Dongsheng, patron de cette compagnie, de 2001 à ce jour d'importants financements ont été investis dans la construction d'infrastructures spécifiques à l'eau et il est nécessaire d'innover pour résoudre la crise de l'eau qui n'épargne aucun pays du continent, notamment de l'Afrique subsaharienne où à peine 60% de la population a accès à l'eau sur environ 900 millions d'habitants, d'après les estimations.

Avec une présence de plus en plus élargie sur le continent, Sinohydro fait part de sa disposition à mobiliser des investissements pour réduire le déficit, mais à condition que se mette en place "un cadre institutionnel viable pour que cela fonctionne", a plaidé M. Song. "Les gouvernements africains comme la communauté internationale ou des sociétés comme Sinohydro, nous devons travailler main dans la main", a-t-il exhorté.

Parmi les pays où elle opère, l'entreprise est en voie de terminer la construction d'un barrage hydroélectrique de 160 MW au Gabon. Sur le fleuve Ogooué, le plus important du pays (1.600 km), le barrage de Grand Poubara, ou Poubara III en renfort à Poubara I et Poubara II opérationnelle depuis 1975 et 1984, est prévue d'être mise en production en août prochain.

Sur 400 millions de dollars américains d'investissement, 85% sont des financements d'Eximbank de Chine, répartis entre un crédit acheteur à taux d' intérêt préférentiel et un prêt concessionnel, d'après Wang Ping, directeur général adjoint de Sinohydro interrogé par Xinhua à Libreville. Les travaux entamés en 2008 consacrent l'installation de deux lignes de transmission : 62 km sur Moanda et 45 km sur Franceville.

De l'avis de M. Wang, "il y a beaucoup de projets de centrales hydroélectriques, nous sommes en train d'étudier les possibilités d'intervention. De toute façon, Sinohydro est déjà installée au Gabon. Comment M. Song a dit durant le forum, on voudrait rendre Sinohydro africaine".

Le chantier du barrage hydroélectrique de Soubré en Côte d'Ivoire, d'une capacité de 275 MW, est cité parmi les projets phares du groupe. "On a commencé déjà l'exécution de cette centrale. C'est également avec les financements d'Eximbank de Chine. Le coût de l'investissement est de plus de 500 millions de dollars pour 85% de financement d'Eximbank et 15% du gouvernement local", informe Wang Ping.

Sinohydro manifeste aussi un intérêt pour le projet de grand Inga en République démocratique du Congo (RDC) relatif à la construction d'un important complexe hydroélectrique destiné à fournir l'électricité à plusieurs pays africains et d'Europe pour l'exportation. C'est un projet en plusieurs phases qui nécessite des investissements colossaux dont plus de 20 milliards de dollars pour la première phase.

"Bien sûr, nous sommes intéressés par le projet de grand Inga. A cet égard, il y a eu un atelier qui a eu lieu à Paris auquel nous avons participé. Nous avons déjà soumissionné pour la phase de préqualification. Pour cela, nous avons formé un groupement avec d'autres entreprises chinoises", assure Wang Ping.

"Comme c'est un grand projet, Sinohydro est leader mondial dans la construction des centrales hydroélectriques, c'est notre rêve de pouvoir réaliser le grand Inga. On attend la réaction du gouvernement de la RDC et d'autres acteurs", a-t-il poursuivi. Pour plus de 100 projets en cours de réalisation sur le continent, les activités de la compagnie s'étendent dans d'autres domaines d'infrastructures tels que les routes, les aéroports, les ports, les bâtiments, etc.

Les déficits de production d'eau courante en Afrique sont surtout dus à plusieurs années d'arrêt de développement des infrastructures. Au Gabon, le directeur général de la Société de patrimoine du service public, de l'eau potable, de l'énergie électrique et de l'assainissement, Jean Liévain Idoundou Manfoumbi, admet un retard d'investissement mais lié au désengagement de l'Etat au bénéfice d'un partenariat avec le privé.

"Les besoins sont énormes compte tenu de l'évolution démographique de nos villes et des mouvements des populations gabonaises. Les études effectuées jusqu'ici par la Banque mondiale et d'autres organismes avaient démontré qu'il fallait autour de 3 à 4% de croissance. Mais il s'avère qu'aujourd'hui nous atteignons des taux de croissance de 6 à 8%, et peut-être même 10% dans certaines localités", a indiqué celui-ci dans un entretien à Xinhua.

Selon lui, "il faut aujourd'hui près de 30% de besoins en plus à satisfaire sur l'ensemble du territoire national. C'est vrai qu'il y a des endroits où il en faut 50%. La plupart des installations sont complètement saturées. A Libreville, il faut autour de 30%. A Port-Gentil, c'est la même situation".

Avec une production estimée entre 230.000 et 240.000 mètres cubes par heure sur l'ensemble du territoire et 170.000 mètres cubes dans la capitale Libreville, les ménages gabonais sont soumis à un système de rationnement de la première ressource, comme c'est le cas dans d'autres pays comme le Cameroun, voisin du Gabon en Afrique centrale.

Pour la Libérienne Saran Kaba Jones, les gouvernements africains ont au cours des dernières années orienté leurs priorités vers d'autres secteurs aussi importants tels que les routes. L'Américain Paul Wood déplore un manque de transparence au sujet des données de la part des administrations publiques.

"Les gouvernements, note-t-il, ont des plans d'études sur 20 ans, mais les visions avec les investisseurs ne concordent pas. Le secteur privé va rester sur ses gardes et attendre les financements des banques de développement et de la Banque mondiale". Comme solutions innovantes, le Sénégalais Amadou Diallo suggère le recours aux fonds d'assurance et des fondations.

Commenter avec Facebook