Compte-rendu résumé de conférence "LA CHINE, quel Christ pour les Chinois ?"
CHRISTIANISME CHINE
Compte-rendu du mardi 21 mars 2006
Eglise Réformée 58 rue Madame - Paris 6°
Une trentaine de participants comprenant personnel de la défense (en activité ou retraités) ainsi que Parisiens protestants et catholiques.
Isolée par ses montagnes et ses déserts, le monde chinois s'est longtemps considéré comme le centre du monde. Même hors de Chine, un Chinois reste chinois. A l'origine, la Chine est un univers clos et autosuffisant qui a commencé à communiquer avec le reste du monde par la route de la soie (époque romaine). Puis rencontre explosive avec le monde occidental culminant avec les conflits du 19ème siècle (guerres de l'opium).
I) SURVOL HISTORIQUE de 4000 ans d'histoire de Chine, très bien conservée grâce à l'écriture hiéroglyphique (idéogrammes). Cette écriture est basée non sur les sons mais sur la représentation symbolique des sens (ex : le caractère « piété filiale » représenté par le dessin stylisé d'un enfant portant le fardeau paternel). Cette écriture commune avec le japonais, le vietnamien ancien et le coréen jusqu'à une date très récente, rend possible la communication entre elles des populations d'Extrême-Orient par l'écrit. Elle a façonné le caractère des Chinois en les habituant à combiner à l'infini les symboles élémentaires entrant dans la composition de leur écriture. Cette gymnastique intellectuelle les a rendus plus accessibles à la spéculation philosophique et théologique.
Après deux premières dynasties semi-mythologiques, l'histoire de la Chine est marquée par la sanglante rivalité, pendant près de 500 ans, de « royaumes combattants » qui se massacrent jusqu'à ce qu'il n'en subsiste plus qu'un, celui de Qin qui crée la première dynastie unifiée et donne son nom au pays (221 av JC.). S'en suit alors une succession de dynasties entrecoupées de périodes dites de fragmentation : les Han, les Tang, les Song, les Yuan (les Mongols de Gengis Khan, contemporains de Marco Polo), les Ming, les Qing (Mandchous), pour en arriver à la République de Sun Yat Sen (1912) et de Tchang Kai Chek, et enfin à l'état communiste de Mao, aujourd'hui en plein transition libérale. Les dynasties les plus prestigieuses ont régné à peu près 300 ans chacune.
II) LES RELIGIONS PRÉSENTES
- le Taoïsme, plus qu'une religion, est une recherche d'harmonie avec la création, avec les autres, avec soi-même (son corps, son âme, son esprit), d'où, par exemple, soins accordés au corps, aux massages (ex : habitude inculquée aux enfants de masser leur père quand il rentre du travail, ou de la secrétaire de masser les cervicales de son patron pour le relaxer !)
- le Confucianisme (500 av JC) : recherche d'une société basée sur l'ordre, importance des rites, du respect de la hiérarchie, de la courtoisie, croyance en un Dieu souverain d'en-haut (Shang Di) qui transmet à l'empereur (ou aujourd'hui au parti communiste) le fameux « mandat du ciel ».
- le Bouddhisme apparu en Chine vers 500 après JC ne s'est vraiment imposé que sous les Yuan (1300)
- le Judaïsme représenté depuis la prise de Jérusalem (70 ap JC) par une toute petite communauté.
- l'Islam présent notamment dans les provinces de l'ouest a fait l'objet sous toutes les dynasties (y-compris la plus récente, celle du parti communiste) de persécutions inimaginables (600 000 hommes exécutés sous Qian Long, contemporain de Louis XVI).
Pour les Chinois, matériel et spirituel sont très liés ; l'esprit, la matière et le souffle vital (Qi, une sorte de « verbe » au sens de l'évangile de Jean) forment un tout ou plutôt une sorte de Trinité. Le Chinois est fasciné par la question spirituelle ; Dieu favorable, hostile ou indifférent est au centre de ses réflexions et de sa vie courante.
III) QUEL CHRIST POUR LES CHINOIS ?
Au préalable, difficulté de transmettre le Christ aux Chinois vu la multiplicité et la solidité des croyances déjà en place et leur philosophie fondée sur une démarche entièrement différente de la nôtre.
Cependant, dès 635, des moines syriaques nestoriens s'installent, ils sont encouragés par l'empereur (stèle de Xian ).
Beaucoup plus tard, au 17ème siècle, arrivée des Jésuites avec une figure importante, Matteo RICCI, dont le désir secret est de convertir l'empereur, et de là, tout le pays, il y serait presque arrivé sans la désastreuse « querelle des rites » qui, sous l'effet de rivalités entre congrégations romaines, provoque le mécontentement de l'empereur et entraine une première série d'interdictions ! …. Les Jésuites vont investir la Cité Interdite et certains parmi eux vont même devenir ministres (astronomie, tribunal des examens, calendrier rituel).
Pour « acculturer » le christianisme, les Jésuites intègrent 2 fêtes fondamentales :
- l'anniversaire de Confucius
- le culte des ancêtres dont le grand empereur Kang Xi (contemporain de Louis XIV) avait pris la peine d'expliquer au Pape qu'il s'agissait d'une simple commémoration et non d'un culte idolâtre.
Arrivée des Protestants vers 1850, Anglais puis surtout Américains.
Il pourrait y avoir 100 millions de Chrétiens de toutes dénominations aujourd'hui, dont de nombreux évangélistes.
Catholiques et Protestants n'adoptent pas le même nom pour Dieu (Seigneur du ciel/Tianzhu pour les uns, Souverain d'en-haut/Shangdi pour les autres) si bien que le Chinois lambda pensent souvent qu'il s'agit de 2 religions différentes !
Cette cacophonie, et le traumatisme des guerres du 19ème siècle, font qu'encore aujourd'hui, le christianisme est considéré comme une religion étrangère !
Le Chinois comprend tout à fait l'Evangile, beaucoup plus simple d'accès que les canons Taoistes ou Confucianistes, n'a aucun problème avec les guérisons (relation très forte et naturelle chez eux entre âme, corps et souffle vital), avec Jésus-fils de Dieu (respect de Jésus pour son Père, mis en relation avec la vertu fondamentale de la piété filiale), avec la résurrection comprise comme un recommencement de l'éternel présent au sens de Paul Tillich.
MAIS la passion du Christ est inacceptable, elle est un scandale. Vous ne verrez jamais un Christ sur une croix ! De plus, Dieu Sauveur ? oui, mais Dieu créateur des Chinois? jamais !
Dans l'iconographie, Dieu n'est pas barbu, mais chauve à l'image du sage confucéen. Les anges n'ont pas d'ailes mais sont des dragons bienveillants et colorés.
Enfin, court débat sur l'Eglise souterraine (difficile à connaître, très vivante mais certainement persécutée pour son indiscipline).
Le mot de la fin : Jean Laporte a la joie de participer à des forum de discussions sur internet (en chinois !!) et nous partage son admiration devant cette théologie chinoise contemporaine extrêmement active et d'une érudition à vous couper le souffle.
La rencontre se termine par une prière de reconnaissance et d'intercession pour ces frères et sœurs chinois à la fois si loin et si proches de nous.
Livres recommandés par les uns et les autres :
- les écrits du théologien protestant Watchmann NEE
- les écrits du Pasteur Presbytérien WANG Hsien-Chih
- « Le Christ chinois » par Benoît Vermander s.j. (Desclèe de Brouwer)
- « Les Mandariniers de la rivière Huai » par Benoît Vermander s.j.
- « Le dessous des cartes » de Jean-Christophe VICTOR (Arte éditions)
- « L'Empire des steppes » de René GROUSSET (éditions Payot)
- « Histoire de la Chine » de René GROUSSET (éditions Grasset)
- « Le Voyage en Chine » (Editions bouquins)
Sur le même sujet...
- [13/03/12] Clôture de la session annuelle de l'organe consultatif suprême de...
- [27/04/12] Chine : un ancien conseiller politique condamné à mort pour corruption
- [11/05/12] L'OCS envisage d'établir un compte spécial et une banque de...
- [11/04/12] BAD : la croissance du PIB chinois devrait atteindre 8,4% en 2012
- [03/05/12] La Chine se félicite de l'établissement d'un bureau régional de la...






boutique

_magcn_3331.jpg)


