JO 2008
Prénom chinois
  Politique Tibet Dalai-Lama boycotter jeux olympiques France ministre Bernard Kouchner
Chine Informations Mobile   Chine Informations RSS
S'identifier | Créer un compte
Newsletter Chine La Chine de A...Z  
Changer la police de sans-serif (ex: Arial) à serif (ex: Goegia) Augmenter la taille de la police Diminuer la taille de la police Imprimer ce document Envoyer à un ami Proposer une info Télécharger en PDF

Tibet : Faut-il boycotter les JO de Pékin ? (Interviews)

I. Interview du ministre des affaires étrangères et Européennes Bernard Kouchner à propos de la situation au Tibet le 18 mars 2008.

Q - A propos du Tibet où se déroule des incidents graves depuis vendredi, que pensez-vous de l'idée de boycotter les jeux ou au moins la cérémonie d'ouverture ? Le Dalaï-Lama demande une enquête internationale, est-ce que la France va appuyer cette demande ?

R - Il faudrait peut-être parler un peu des tibétains. Ces trois questions, je peux y répondre très rapidement : il n'y a pas eu de demande internationale, en dehors du Dalaï-Lama. S'il y a une demande internationale elle doit passer par les organisations internationales et la France y répondra. Je ne vois pas, pour le moment de demandes, ni de l'ONU ni de l'Union européenne. L'Union européenne s'est manifestée dès vendredi, avec une déclaration. Le Dalaï-Lama, que j'ai entendu et que je connais bien, ne demande pas le boycott des Jeux olympiques. On peut être plus tibétain que les Tibétains mais il ne demande pas le boycott des Jeux olympiques. J'ai vu aussi que Reporter sans frontières, ce matin, demandait le boycott de la cérémonie d'ouverture et pas celui des Jeux olympiques. C'est une position différente qui est appréciable et bien sûr, si on le demandait, cela voudrait dire que l'Europe, en tous cas, se concerte sur ce projet. Nous allons la semaine prochaine nous réunir avec les ministres des Affaires étrangères pour deux jours de travail en Slovénie, nous examinerons tout cela.

Il est évident qu'il faut faire la lumière sur ce qui c'est passé. Vous me parlez de l'enquête internationale. On en demande beaucoup des enquêtes internationales. D'ailleurs on n'a pas parlé du Tchad mais on en demande là aussi. Tout cela se met en route très, très lentement. Mais il y a une première enquête internationale qui devrait être faite, c'est celle des journalistes. Les journalistes n'ont pas accès, et il faut qu'ils aient accès au territoire en question. Au Tibet en particulier mais pas seulement puisqu'il y a des incidents, semble-t-il, au-delà du Tibet. Donc, cela me paraît une nécessité d'évidence puisque nos amis chinois ont reconnu l'universalité des Droits de l'Homme. Et bien il faut que le droit d'information soit respecté.

Et puis j'entends avec déplaisir et tristesse les uns et les autres se prononcer sur les chiffres de morts et de blessés que l'on ne connaît même pas mais qui sont très important, semble-t-il. Il faut qu'on sache : 80, 100, 20, 13. Ces choses la devraient être vérifiées. J'ai reçu de mon homologue chinois, M. Yang, un message ce matin. Lui dit que l'ordre est rétabli et que tout ça était concerté, ces événements, et il en accuse le Dalaï-Lama. Je lui laisse évidemment cette opinion et je prends connaissance de ces informations. Le Dalaï-Lama n'est pas un homme de désordre et d'affrontement. Je le connais assez pour dire le contraire. Il a toujours manifesté, depuis des années et des années ou nous nous connaissons, une vision plutôt très pacifique des choses. Je rappelle que le Dalaï-Lama ne demande pas l'indépendance du Tibet. Il parle d'autonomie culturelle. Ce qui est une exigence extrêmement mesurée. Maintenant, ce n'est pas à moi d'en décider, bien entendu, c'est à nos amis chinois. Nous sommes très attentifs à tout cela et au développement de la situation. Et je vous répète que la première des choses ça serait la liberté d'accès pour la presse. Ca me paraît nécessaire, sans qu'il y ait de provocation.

Q - Quelle est votre position sur la question de cette proposition de boycotter la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques ?

R - J'ai pris connaissance de cette proposition ce matin et je dis qu'elle est intéressante. J'ai dit, et c'est très clair que, s'il y avait une position, qui ne pourrait être qu'européenne, nous en parlerons. Cette proposition est moins négative que le boycott général. Je vous rappelle que j'ai participé à un boycott en 1980 pour les Jeux Olympiques de Moscou - je signale simplement que ce boycott, à l'époque, comprenait une cinquantaine de pays, dont la Chine. La Chine boycottait, je vous le rappelle, les Jeux de Moscou en 1980 au moment des événements en Afghanistan. Mais vous m'avez demandé ma position et la position française est que la France ne boycotte pas les Jeux Olympiques. Cela ne nous semble pas juste et, en même temps, d'après notre expérience, peu utile. Encore une fois, comment pouvez-vous nous demander, un gouvernement qui est ami avec la Chine et qui a des rapports très cordiaux - nous venons encore d'échanger avec elle très récemment - d'être plus tibétain que l'homme que l'on reconnaît comme le maître à penser des Tibétains, le Dalaï-Lama, qui ne demande pas ce boycott. Je comprends et je suis avec attention les militants. Je considère que c'est le devoir d'un ministre des Affaires étrangères d'être à l'écoute de la société civile et des initiatives militantes et que, dans le domaine des Droits de l'Homme, il n'y a jamais trop de conseils ou trop d'initiatives. Je les écoute donc. L'initiative de Reporters sans Frontières, qui ne rencontre pas de soutien du gouvernement français date de ce matin. Considérons-la.

II . Interview de Mme Rama Yade, secrétaire d'Etat chargé des affaires étrangères et des droits de l'homme. Interview avec "EUROPE 1"

Q - Que se passe-t-il au Tibet ? Que doit faire la France dans ce pays ?

R - Le Tibet est sous le contrôle de la Chine depuis 1951. Il y a déjà eu des émeutes en 1989 et celles que nous vivons aujourd'hui sont les plus graves depuis cette époque. Il y a une confrontation entre la position de la Chine et celle du Tibet. Le Dalaï-Lama a employé le mot de génocide culturel pour qualifier le processus de sinisation du Tibet avec le chemin de fer "Pékin-Lhassa" et avec l'implantation des Chinois au Tibet.

Q - N'est-il pas temps de hausser le ton vis-à-vis de la Chine sur cette question ?

R - La France mais aussi les Vingt-sept, de manière particulièrement forte, ont exprimé notre préoccupation. Je le redis aujourd'hui, je continue à suivre de très près la situation au Tibet et, à nouveau, nous appelons les autorités chinoises à la retenue. Il faut qu'elles engagent un dialogue direct avec le Dalaï-Lama car il n'est pas un extrémiste, c'est-à-dire qu'il plaide pour la voie moyenne, il ne plaide pas pour l'indépendance. C'est d'ailleurs ce qui le met un peu en difficulté par rapport au gouvernement en exil, composé de jeunes qui va beaucoup plus loin dans les revendications.

Q - Pour vous, l'interlocuteur, c'est donc le Dalaï-Lama ?

R - En effet, c'est exact, et nous demandons aussi à ce que les manifestants pacifiques, je le répète, soient libérés.

Toute escalade sur la question du Tibet aura des conséquences sur l'image de la Chine et de nos amis chinois par rapport aux Jeux olympiques.

Q - Et des conséquences jusqu'où ?

R - Cela peut ternir leur image. La Chine, lorsque lui a été accordée l'organisation des Jeux Olympiques, s'était engagée à respecter la Charte des Jeux qui indique qu'il y a des principes éthiques fondamentaux et universels à respecter. Ce serait donc important que la Chine s'engage vers plus de retenue, qu'elle libère les prisonniers et qu'elle engage un dialogue direct et clair avec le Dalaï-Lama .

Q - Jusqu'où faut-il aller ? Peut-on envisager le boycott et se servir de cette arme comme le réclament Bernard-Henri Lévy, Jack Lang et d'autres ?

R - La France n'est pas favorable au boycott, je l'ai déjà dit et je le répète. Sans doute, cela peut-il permettre de se donner bonne conscience mais, à partir du moment où la communauté internationale a accordé à la Chine l'organisation des Jeux Olympiques, autant aller jusqu'au bout.

Un boycott ne permettra pas de régler le problème du Tibet ni la question des Droits de l'Homme en Chine, au contraire.

Q - Pourrait-on imaginer alors d'autres actions spectaculaires comme ce que disait Robert Badinter en demandant aux athlètes de faire des gestes spectaculaires. On se souvient du geste des athlètes noirs-américains à Mexico.

R - Les athlètes sont libres. Ce n'est pas aux politiques de dire aux athlètes ce qu'ils doivent faire, surtout que les politiques peuvent également avoir leur propre position. C'est vrai que les athlètes ont souvent été en avance et n'ont pas hésité quelquefois. Ils ont peut-être plus de liberté pour le faire.

Q - Pensez-vous que ce soit une bonne chose qu'ils le fassent à cette occasion-là ?

R - Ce que j'espère, c'est que nous n'en arrivions pas là, c'est-à-dire que la Chine prenne conscience que ces Jeux Olympiques sont importants pour son image dans le monde et qu'elle prenne des initiatives en conformité avec la Charte des Jeux Olympiques. Elle doit faire des gestes, des signaux et nous le demandons aux Chinois en toute amitié. Nous ne pourrions pas nous contenter d'une ouverture à la carte ou à géométrie variable, car sinon, l'effet boomerang est inévitable. On le voit avec le Tibet.

Pour ne pas que des événements comme ceux-là entachent l'organisation de ces Jeux Olympiques, nous pensons que nos amis chinois devraient accepter l'ouverture sur la question des Droits de l'Homme davantage.

Q - Vous dites "pourquoi pas un geste" des athlètes, ce sera donc leur choix y compris pour ceux de la délégation française ? Et du côté des officiels, cela peut-il être aussi l'occasion pour eux de ne pas se rendre à la cérémonie d'ouverture par exemple.

Iriez-vous là-bas en Chine pour cette ouverture des Jeux en tant que Secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme ?

R - Ecoutez, moi j'adorerai, car c'est un moment important sur le plan sportif et sur le plan politique.

C'est un tournant pour la Chine. Fera-t-elle ou non l'ouverture ? Cette ouverture que le monde attend.

La Chine est regardée et pourquoi pas, mais enfin, il faut que l'on nous accorde un visa, il faut que les autorités chinoises acceptent, il y a beaucoup de conditions. Mais, de mon point de vue, je suis tout à fait ouverte à cela.

Q - Si on vous invite, vous irez donc ?

R - Oui.

Q - Avec votre "langage !" Ce sera l'occasion de dire les choses et vous savez les dire parfois.

R - Si je suis invitée en Chine, croyez-moi, je saurais me comporter avec beaucoup de retenue car j'appelle les Chinois à la retenue. Je serai donc moi-même en retenue mais c'est un événement sportif donc on y va pour regarder un événement sportif. Si j'y vais, c'est parce que j'estimerai, à ce moment-là, que les événements seront suffisamment clarifiés pour me permettre d'y être.

Q - On a l'impression que l'Europe est un peu en deçà ce matin concernant ces Jeux Olympiques, elle est un peu prudente. Je me demandais jusqu'où peut-on aller pour préserver les Jeux Olympiques et jusqu'où peut-on aller pour défendre les Droits de l'Homme ?

R - Je crois que la France n'a pas à rougir de sa position. Notre position est claire et elle a été indiquée plusieurs fois. L'Europe s'est exprimée également, et même à Vingt-sept, ce qui n'est pas fréquent. C'est déjà bien.

Nous verrons comment évolue la situation au Tibet. Nous sommes pour le moment préoccupés, nous continuons à suivre la situation de très près et nous avons fait des demandes très claires.

Tibet   Dalai-Lama   boycotter   jeux   olympiques   France   ministre   Bernard Kouchner  

Source : France Diplomatie,
Le 19 mars 2008 à 09:19
« Précédent | Politique | Suivant »

Commentaires

» Réagissez, Ajoutez votre commentaire !

Articles Relatifs

Pékin    |    Chengdu    |    Chongqing    |    Canton    |    Hong Kong    |    Lhasa    |    Nankin    |    Shanghai    |    Shenzhen    |    Taiwan    |    Wuhan
Chine Informations ™, actualité et informations sur la Chine et le chinois.
Tout droits réservés © 2008, china-news.org (2001) / chine-informations.com (2005)