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Pékin annonce le démantèlement d'un camp "terroriste" dans le Xinjiang

Le démantèlement, vendredi 5 janvier, par les forces de sécurité chinoises, d'un supposé camp terroriste dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang - frontalière de l'Asie centrale - est l'occasion d'une mobilisation sans précédent des médias officiels chinois sur le thème de la menace séparatiste ouïgoure et de ses liens avec les "forces terroristes internationales".

Comme souvent dans une Chine au nationalisme à fleur de peau, les internautes ont répondu présents : Sina.com, l'un des portails chinois les plus fréquentés, se félicitait de comptabiliser mercredi 10 janvier au matin plus de 3 900 messages de soutien à l'action du gouvernement, dont certains étaient particulièrement virulents.

Les détails du raid ont été divulgués, lundi, par le porte-parole du département de sécurité publique du Xinjiang. La police locale aurait tué lors de l'opération sur les plateaux du Pamir, non loin de la frontière avec l'Afghanistan et le Kirghizstan, dix-huit supposés terroristes. Dix-sept autres ont été arrêtés, tandis qu'un nombre indéterminé se seraient enfuis. Un policier serait mort lors de l'intervention et un autre aurait été blessé. Quelque vingt-deux grenades ont été saisies et 1 500 auraient été "en cours de fabrication".

Aucune image du raid ou du lieu d'entraînement n'a été montrée. Selon l'agence China News Service, le camp se serait trouvé dans le canton d'Akto, au sud de Kashgar. Les "terroristes" appartiendraient au Mouvement islamique du Turkestan oriental (ETIM), un groupuscule indépendantiste dont Pékin a obtenu, en août 2002, qu'il soit désigné par les Nations unies comme une organisation terroriste liée à Al-Qaida, grâce au soutien des Etats-Unis, soucieux de rallier les Chinois à un moment clé de négociations au Conseil de sécurité autour de l'Irak.

Les associations de défense des droits de l'homme occidentales, et même, jusqu'à un certain point, le département d'Etat américain, ont toujours souligné que les éléments à charge apportés par le gouvernement chinois à l'encontre de la mouvance séparatiste ouïgoure peuvent rarement être vérifiés, et qu'ils fournissent un prétexte commode à une répression tous azimuts des libertés civiles, religieuses et culturelles au Xinjiang. Cette région musulmane et turcophone est la cible, depuis son rattachement à la République populaire en 1949, d'un processus de sinisation systématique : les Chinois hans constituaient en 2000 pas loin de 40 % d'une population de 19 millions d'habitants, contre 10 % en 1954.

Le réveil des nationalismes en Chine au seuil des années 1990 conduisit à des émeutes au Xinjiang, puis à une radicalisation de la lutte armée que Pékin a eu tendance à minimiser, voire à cacher avant 2001. Depuis, Pékin accuse l'ETIM et d'autres mouvements de quelque 200 attaques terroristes en Chine et à l'étranger, ayant fait 162 morts de 1990 à 2002.

PASIONARIA EXILÉE

La Chine a organisé sa riposte notamment dans la nouvelle sphère d'influence régionale qu'elle cherche à construire, via l'organisation de Coopération de Shanghaï, qui regroupe ses voisins d'Asie centrale et la Russie. Elle a, sous couvert de lutte antiterroriste, intensifié la répression au Xinjiang.

Si des experts n'excluent pas une radicalisation de certains groupes au Xinjiang, à la faveur d'une recrudescence du trafic de drogue en provenance d'Afghanistan, le raid de vendredi tombe à point nommé. Rebiya Kadeer, l'exilée ouïgoure qui faisait partie des nominés pour le prix Nobel de la paix en 2006, était, il y a quelques jours, conspuée dans la presse chinoise par un responsable ouïgour du Parti communiste local et accusée de tenter de renverser le gouvernement chinois. La réputation grandissante à l'étranger de la pasionaria de la cause ouïgoure inquiète Pékin, qui l'a laissée partir aux Etats-Unis en 2005 et comptait sur plus de discrétion de sa part après avoir fait emprisonner deux de ses fils. Mi-décembre, Rebiya Kadeer plaidait devant le Parlement canadien le sort d'Huseyin Celil, un exilé ouïgour de nationalité canadienne que Pékin tient au secret depuis mars après l'avoir fait extrader d'Ouzbékistan.

Mardi, elle déclarait, dans un communiqué depuis Washington : "Si la Chine veut être prise au sérieux en tant que responsable de la communauté internationale, elle doit (...) faciliter une enquête par une commission indépendante, appartenant par exemple aux Nations unies, sur l'échelle et la nature des supposées activités terroristes au Turkestan oriental".

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Source : Le Monde,
Le 17 janvier 2007
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