Alors que Nicolas Sarkozy a officialisé sa présence à la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques, une nouvelle tension voit le jour entre la France et la Chine : l'ambassadeur chinois Kong Quan a fait comprendre qu'une rencontre entre le président français et le Dalaï Lama serait des plus mal venues pour les relations sino-françaises...
En Chine, le Dalaï Lama n'est pas un prix Nobel de la Paix, c'est un séparatiste, «un homme au coeur de bête», ou encore un «loup en robe de moine» pour reprendre les termes locaux. Bref, le leader du gouvernement tibétain en exil a deux visages : un en Occident, où il est presque canonisé par certains, et un autre en Chine, où il est quasiment diabolisé...
C'est donc à chaque fois un camouflet pour Beijing de voir le personnage accueilli plus ou moins en grandes pompes dans des pays de premier plan tels les Eats-Unis, l'Allemagne ou le Royaume-Uni... En 2007, le gouvernement chinois avait tenté de dissuader Angela Merkel d'accorder une entrevue au Dalaï Lama, en vain... Plus récemment, c'est Londres, en manipulant le protocole, qui avait reçu le leader tibétain.
A chaque fois, Pékin avait marqué sa désapprobation, sans réellement pousser plus loin le contentieux. En évoquant, mardi, la possibilité «de conséquences graves» pour les relations sino-françaises au cas où Nicolas Sarkozy rencontrerait le Dalaï Lama cet été (un séjour est prévu du 12 au 23 août), l'ambassadeur de Chine en France a lancé un nouveau pavé dans la mare...
Une déclaration embarrassante alors que le président français pensait avoir éteint un incendie en confirmant à son homologue chinois Hu Jintao sa présence pour l'ouverture des Jeux. Les déclarations du diplomate chinois ont de quoi irriter le gouvernement français, déjà objet des critiques de l'opposition pour la concession accordée à la Chine.
Mercredi, le ministre des Affaires étrangères français Bernard Kouchner a ainsi convoqué Mr Kong Quan pour lui demander des explications. L'officiel français a affirmé que la France déterminerait son attitude de manière indépendante, sans se plier à aucune pression. Ce qui a visiblement un peu adouci le ton de l'ambassadeur chinois, qui s'il a ensuite confirmé devant la presse l'opposition de son pays à une rencontre entre le Dalaï Lama et Nicolas Sarkozy, ne faisait plus état de «conséquences graves».
Pour beaucoup, l'attitude de Mr Kong Quan, du jamais vu de la part d'un ambassadeur en France, s'explique par l'attitude conciliante de Sarkozy sur la question tibétaine : il a retiré sa menace de boycott de la cérémonie d'ouverture des JO alors qu'aucun progrès tangible n'a eu lieu dans le Haut Plateau tibétain...
Une manière pour certains de critiquer l'attitude chinoise, qui face à une concession française, semble vouloir pousser au maximum son apparente position de force face au numéro un hexagonal. Reste à savoir néanmoins si les déclarations de Mr Kong sont dues à des consignes de son gouvernement ou à une initiative personnelle...
Toujours est-il que sur ce point, les dirigeants français vont devoir assumer leurs responsabilités et peut être prendre le risque de froisser à nouveau la Chine : face à la menace d'un ambassadeur, Sarkozy et ses hommes jouent leur crédibilité.
Pour ne pas perdre la face, une notion populaire en Chine, les responsables français pourront toujours prendre exemple sur leurs voisins européens et américains : le Dalaï Lama y a été reçu, et leurs relations avec le géant asiatique n'ont pas été dégradées pour autant...
N.J. pour Chine Informations
» Réagissez, Ajoutez votre commentaire !
Articles Relatifs