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Mao, vénéré comme le Bouddha

 Les lieux saints du maoïsme, à commencer par le village natal du Grand Timonier, attirent de nouveau les foules. Un “tourisme rouge” très lucratif.

Le 22 janvier, le Bureau du tourisme de la province du Hunan présentait son programme d'activités pour la semaine de congés du nouvel an chinois [le 28 janvier]. Y figuraient en bonne place les produits estampillés “tourisme rouge”, avec Shaoshan [lieu de naissance de Mao] comme figure de proue. Se rendre au pays natal du président Mao pour lui présenter ses vœux de nouvel an devrait être, comme autrefois [pendant la Révolution culturelle], une destination des plus courues.

Mao Tsé-toung est le fondateur de la république populaire de Chine. Visiter l'ancienne demeure de ce grand homme regretté et se remémorer ses hauts mérites et ses immenses contributions est désormais le projet de voyage le plus populaire pour les congés du nouvel an. Sur place, au Hunan, le tourisme rouge s'affirme d'année en année comme un secteur d'activité de plus en plus prospère.

Néanmoins, un phénomène mérite notre attention : le fait que l'on vénère Mao Tsétoung comme s'il s'agissait du Bouddha en personne. L'année dernière, à la même époque, je me suis rendu à Shaoshan. Avant même d'arriver sur la place où trône la statue en bronze de Mao, je pouvais déjà entendre le vacarme assourdissant des pétards, aussi bruyant que celui des fèves qu'on fait sauter dans l'huile bouillante, un crépitement à n'en plus finir. La majestueuse statue, dressée sur la place, était enveloppée d'un épais nuage de fumée. Alors que je gravissais lentement les marches de la place, le cœur empreint de respect et de révérence, j'aperçus devant la statue en bronze une immense foule d'individus agenouillés. Les uns se prosternaient, front contre terre, un cierge à la main. Les autres portaient à leur front les bâtonnets d'encens qu'ils tenaient entre leurs mains. Tous avaient un air extrêmement pieux. Parmi eux se trouvait un vieil homme, qui me raconta qu'il espérait que “Mao le père” puisse aider son petit-fils à passer un concours d'admission à une université très cotée. A la vue de tout cela, je ne pus m'empêcher de me rappeler ces scènes que j'avais vues dans un temple des monts sacrés Hengshan [au Hunan]. Tout autour de la place, des marchands ambulants hélaient la foule, scandant à tue-tête : “Présentez vos vœux au président Mao, promotions sur les cierges et les bâtonnets d'encens !” Si l'on transposait cette scène authentique du tourisme rouge dans un des lieux sacrés du bouddhisme, on ne pourrait éviter de la confondre avec une célébration religieuse.

Après la mort de Mao Tsé-toung, de nombreux récits populaires honorant la mémoire de ce dirigeant ont commencé à circuler dans la population, certains d'entre eux prenant la forme moderne de superstition qu'est le culte de la personnalité, qui fut si prégnant il y a quelques dizaines d'années. Nous ne reviendrons pas là-dessus. Mais, avec le temps, les choses ont changé : de nos jours, “présenter ses vœux de nouvel an au président Mao” est dépeint par les médias locaux comme l'une des activités phares pour qui veut goûter au tourisme rouge. Et l'on peut légitimement penser qu'il est un tant soit peu inconvenant de laisser les masses continuer à vénérer Mao Tsé-toung comme s'il s'agissait du Bouddha en personne. Après tout, Mao était un homme, pas un dieu. Laissons ce grand homme regretté descendre tranquillement et calmement de son piédestal divin. “Promouvoir encore davantage l'édification de la politique démocratique” trouve là, il va sans dire, sa signification la plus concrète.

Bien entendu, si une partie des masses désire vénérer Mao Tsé-toung comme s'il s'agissait du Bouddha, c'est là une expression de leur liberté individuelle, et l'on n'a pas grand-chose à y redire. Mais les acteurs du marché du tourisme et les autorités gouvernementales ne peuvent, eux, rester les bras croisés. Ils ne peuvent encore moins voir dans ce phénomène un “produit d'appel” du tourisme rouge, spéculer dessus et en faire la publicité pour attirer massivement les clients. J'estime qu'il est de la responsabilité du gouvernement local de normaliser et de modérer les activités de “présentation des vœux de nouvel an au président Mao”. Il est de sa responsabilité de conduire les touristes à s'appuyer sur leur profond attachement à la mémoire de Mao et à celle de tous ses proches qui se sont sacrifiés pour la révolution, pour mener à bien une démarche de purification de l'esprit et de motivation personnelle, leur permettant par là de tirer de véritables bienfaits du tourisme rouge.   
 
Xu Linlin
Zhongguo Qingnian Bao 
Courrier International

mao zedong   Grand Timonier   Mao Tsé-toung  

Source : Courrier International,
Le 19 mars 2006
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