Alors que les régions côtières profitent du développement économique, l'immense majorité des agriculteurs de l'intérieur en sont écartés, victimes de la corruption administrative et de spoliations de terre, au point de mettre en danger la production agricole. Le gouvernement chinois semble vouloir réagir, mais, en attendant, il est obligé d'importer des denrées périssables.
"‘A propos de la gestion des terres, nous ne devons pas commettre d'erreurs historiques', a affirmé le Premier ministre chinois Wen Jiabao sur un ton qui rappelle les discours politiques d'une autre époque mais qui reflète les inquiétudes du Parti communiste de perdre la bataille de l'intérieur du pays", rapporte le Financial Times. Ces déclarations ont été faites le 29 décembre dernier devant des responsables du Parti mais n'ont été rendues publiques que le 20 janvier 2006.
Wen Jiabao a déploré les nombreux incidents dans les campagnes chinoises causés par la saisie illégale de terres par les gouvernements locaux sans que les paysans reçoivent des compensations suffisantes. Ces terres sont ensuite utilisées pour bâtir différents projets de développement. Wen s'est aussi exprimé sur la "sécurité alimentaire" du pays, mise en péril par la perte de ces terres agricoles au profit d'autres activités économiques.
Le webzine indien DNA s'étonne du ton employé par Wen Jiabao et y voit "un aveu candide des problèmes qui sont au cœur de l'expérience chinoise du développement économique". Voire une rupture avec le tabou cultivé par le Parti communiste sur la gestion des campagnes. Jusqu'à maintenant, "les quotidiens régionaux et les militants qui ont tenté de révéler la corruption sévissant en province ou plus simplement qui ont essayé de rapporter les catastrophes minières et les épidémies ont souvent été accusés de subversion ou muselés", rappelle DNA.
L'intérieur du pays fait figure de parents pauvres de l'essor économique chinois face aux régions côtières où les particuliers tirent mieux profit de la vive croissance qui dope l'économie chinoise. Les populations rurales sont de fait écartées d'une certaine prospérité, et les mouvements de protestations se multiplient. Le gouvernement a ainsi recensé 80 000 incidents de "troubles civils" en 2005, "un euphémisme pour des soulèvements qui sont souvent violents, mais dont les journaux se font rarement écho", d'après DNA.
Les répercussions de ce début de crise de l'agriculture chinoise ne se font pas sentir qu'au niveau national mais aussi sur les marchés internationaux. Le Financial Times note que la Chine est devenue en 2004 un importateur net de denrées périssables pour la première depuis plusieurs décennies. Le quotidien suisse Le Temps remarque qu'"après le pétrole et l'or, les investisseurs s'intéressent aux denrées périssables", un mouvement auquel la situation chinoise n'est pas étrangère.
"Une population qui s'enrichit change son alimentation. On l'observe en Chine où la consommation de céréales augmente. Or l'épuisement des sols, les problèmes liés à l'eau et à l'avancée du désert de Gobi limitent le potentiel agricole chinois. Entre 1996 et 2004, le gouvernement a déjà observé une contraction de 5,7 % des surfaces arables", avertit un courtier en matières premières cité par le quotidien suisse. Après l'or noir et l'or tout court en 2005, l'or blond profitera en 2006 de la demande chinoise, selon Le Temps, pour qui l'année 2006 sera bonne pour le blé, mais aussi le maïs et le soja.
Courrier International
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