Des proches des victimes du massacre de Tiananmen se sont rendus mercredi dans les cimetières de la capitale chinoise pour honorer la mémoire de leurs morts et marquer l'anniversaire de la répression du "Printemps de Pékin", le 4 juin 1989.
Si, pour bon nombre de Chinois occupés à s'enrichir, le Printemps de Pékin n'est plus qu'une lointaine histoire 14 ans plus tard, les proches des victimes, eux, ont du mal à pardonner et encore plus de mal à oublier.
"Cela ne quitte pas ma mémoire. Un grand nombre de personnes n'oublieront jamais cet événement", explique une femme de 65 ans, ingénieur des communications à la retraite, dont le fils cadet, Wang Nan, avait 19 ans lorsqu'il a été tué place Tiananmen.
"Il faut que les assassins soient punis. L'aveu d'une culpabilité est une condition indispensable au pardon", estime cette femme, Zhang Xianling, l'une des 20 "mères de Tiananmen" qui ont écrit en mai aux nouveaux dirigeants chinois pour demander l'ouverture d'un dialogue afin que le gouvernement réévalue sa position sur les événements de 1989.
Le gouvernement continue de considérer le mouvement étudiant du Printemps de Pékin, en faveur de la démocratie, comme une rébellion contre-révolutionnaire destinée à renverser le Parti communiste et persiste à penser que le recours à l'armée était justifié. Selon lui, il n'y a pas lieu de revenir sur cette position.
Six proches de victimes se sont rendus au cimetière Wan An et ont marqué l'anniversaire en balayant les tombes et en déposant des bouquets de fleurs. D'autres ont allumé des cierges, chez eux.
Nombre de Chinois, dont des étudiants qui avaient alors réclamé en 1989 une démocratisation, ont renoncé à la lutte militante et se sont lancés dans les affaires, misant sur les réformes économiques.
La capitale chinoise a fortement changé depuis 1989, le boom économique entraînant la construction d'immeubles et la destruction de vieux quartiers, amenant les voitures particulières, les restaurants chic et autres signes de richesse.
Le portrait de Mao, accroché à la porte de la paix céleste, domine néanmoins toujours la place Tiananmen et regarde en direction du mausolée du Grand Timonier.
Les spectres des victimes hantent toujours la place, la preuve en est l'état d'alerte dans lequel avait été placée la police à l'approche de l'anniversaire. En mai, les policiers ont interpellé un Américain et un Néo-Zélandais qui aurait projeté de faire exploser un ballon à air chaud au-dessus de la place afin de disséminer des tracts en faveur de la démocratie.
Pourtant, aucune trace de dissidence n'a été notée sur la place mercredi. Nombre des militants qui poursuivent la lutte vivent à l'étranger et, entre eux, des querelles et divisions ont souvent vu le jour. D'autres sont toujours en prison. D'autres encore, libérés depuis lors, vivent oubliés, victimes d'intimidation de la part des autorités, ou dans la pauvreté.
Les réformes politiques préconisées par Zhao Ziyang, démis de ses fonctions de chef du PC en 1989 pour s'être opposé au recours à la force contre les étudiants, ont été tout bonnement enterrées. Un ancien collaborateur de Zhao Ziyang, Bao Tong, qui a purgé sept ans de prison, estime que la Chine a fait bien peu de progrès concernant les principales exigences des étudiants d'alors.
"Concernant la démocratie, je ne vois pas d'amélioration. Pour ce qui est de la corruption, je note une détérioration", dit-il à Reuters.
Par Benjamin Kang Lim - Reuteurs
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