
Des dizaines de milliers de Hongkongais ont célébré vendredi le 15e anniversaire du massacre de la place Tiananmen et appelé à lutter pour la démocratie dans l'ex-colonie britannique malgré les pressions de Pékin.
Bougie à la main, les manifestants ont rempli comme chaque année le vaste Victoria Park dans ce qu'une radio a estimé être le plus grand rassemblement du souvenir à Hong Kong depuis la rétrocession de 1997 alors que la télévision évoquait la présence de 80.000 personnes.
Des orateurs ont appelé à plus de démocratie à Hong Kong et en Chine continentale.
Un vétéran des luttes pour les libertés, le député Szeto Wah, a ouvert la cérémonie en lisant une lettre adressée aux centaines de morts de la répression menée par l'armée chinoise.
"Je peux vous jurer que la peur ne nous fera ni reculer ni abandonner. Je souhaite que vos âmes nous accompagnent dans ce combat jusqu'à la fin", a-t-il dit.
La veillée a lieu tous les ans le 4 juin à Hong Kong depuis 1989. Mais cette année, elle se situe dans le contexte particulier du veto mis par Pékin aux espoirs de démocratisation rapide et d'un sentiment d'érosion des libertés dans le territoire repassé sous souveraineté chinoise.
Les dirigeants communistes chinois ont exclu en avril que les Hongkongais puissent désigner au suffrage universel leur chef de l'exécutif et leurs députés au parlement local lors des élections de 2007 et 2008 comme le réclamait le camp démocrate.
Le climat politique s'est tendu depuis le grand mouvement de l'an dernier contre l'introduction d'une législation antisubversive jugée dangereuse pour les libertés fondamentales.
Le projet a été remisé sous la pression des 500.000 personnes descendues dans la rue le 1er juillet. Mais les ingérences et intimidations chinoises se sont depuis multipliées pour reprendre le contrôle du territoire autonome.
"Il y a quinze ans, nous sommes descendus dans la rue et nous pouvons toujours avoir notre veillée aux chandelles. Cela prouve qu'il y a une différence entre Hong Kong et la Chine mais nous savons maintenant que la différence s'amenuise sous la pression politique", a déclaré une députée démocrate, Emily Lau.
L'atmosphère s'est encore alourdie avec la démission au cours des dernières semaines de trois animateurs d'émissions de radio critiques des autorités locales et du régime communiste et qui se sont dits victimes de pressions chinoises.
Wong Man-yu, 50 ans, a traversé toute la ville en chaise roulante pour manifester. "C'est ma première fois. Je suis venu cette année car je suis mécontent du gouvernement chinois. Je pense qu'ils essaient de réprimer la liberté d'expression", a-t-il dit.
Tout cela avait amené les organisateurs à prendre des précautions pour éviter que des partisans de Pékin ne tentent de ternir une manifestation normalement pacifique. Mais aucun incident n'a été signalé.
La forte participation de vendredi augure bien de la mobilisation attendue pour une nouvelle manifestation géante appelée pour le 1er juillet, date-anniversaire à la fois de la rétrocession de 1997 et de la marche qui a ébranlé l'an dernier le gouvernement du chef de l'exécutif pro-Pékin, Tung Chee-hwa.
La prochaine échéance pour le mouvement pro-démocratie sera ensuite les élections législatives de septembre.
AFP