La libération des prisonniers de Tiananmen est l'un d'eux, avant la levée de l'embargo.
Le Haut représentant européen Javier Solana a appelé jeudi la Chine à «faire des gestes» dans le domaine des droits de l'homme pour accélérer la levée de l'embargo européen sur les armes. La suggestion a été faite lors d'une rencontre avec le ministre chinois des Affaires étrangères Li Zhaoxing, jeudi à Bruxelles.
«Si les Chinois faisaient des gestes, cela pourrait bouger», juge un diplomate européen qui relève que Pékin vient de libérer Rebiya Kadeer, une dissidente ouïgoure, juste avant la visite à Pékin, dimanche, de la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice. «Cela prouve que cela marche», dit-il.
Prisonniers de Tiananmen
Les Européens espèrent notamment la libération des derniers prisonniers de Tiananmen -dont la répression est à l'origine de l'embargo décrété en 1989- et la ratification par le Parlement chinois de la convention de l'Onu sur les droits civils et politiques, signé en 1998.
Selon des diplomates, les dirigeants européens n'aborderont pas la question de l'embargo lors de leur sommet de Bruxelles, les 22 et 23 mars.
Débattue depuis décembre 2003, tranchée un an plus tard en faveur de la levée sous conditions de l'embargo, la question n'est pourtant pas jugée assez mûre par les Européens.
Depuis la visite du président Bush à Bruxelles, les Européens se sont décidés à convaincre Washington et le Congrès américain du bien-fondé de leur décision. Une représentante spéciale de l'Union européenne (UE) a fait cette semaine l'aller-retour à Washington.Un des défis est de convaincre Washington que les Européens n'entendent pas jouer avec le feu en Asie de l'Est, comme le craint Condoleezza Rice qui évoque le risque d'un réarmement de la Chine et de tensions avec Taiwan. Lundi, le Parlement chinois a adopté une loi anti-sécession qui prévoit le recours à la force si Taiwan déclarait son indépendance. Taipei l'a aussitôt qualifiée d'autorisation à faire la guerre.Les Européens arguent que la levée de leur embargo sera limitée et placée sous surveillance renforcée, comme ce sera le cas avec la Libye. Les Américains craignent surtout des transferts de haute technologie militaire vers Pékin.
Un monde multipolaire
Le désaccord entre Washington et Bruxelles reflète surtout l'émergence d'un monde multipolaire où les Etats-Unis n'apparaissent plus comme l'unique superpuissance qu'ils ont été pendant quinze ans.
Plusieurs alliés, dont l'Australie, ont demandé à Washington de ne pas devoir choisir entre les Etats-Unis et la Chine, dont la croissance économique atteignait 9,5pc l'an dernier.
La France et l'Allemagne sont convaincus que les Européens ont une carte à tirer. Le Royaume-Uni hésite par fidélité atlantique. «Une Union de 25 nations, qui a presque deux fois la population des Etats-Unis et un tiers du PNB mondial ne peut pas rester en dehors des questions du monde», a plaidé Solana après sa rencontre avec le ministre chinois. Les diplomates s'attendent à ce que la question soit tranchée au sommet de juin, le dernier de la présidence luxembourgeoise. Juste avant, le roi Albert II aura mené une mission belge de dix jours en Chine.
La Libre Belgique 2005
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