
Le porte avion le Clemenceau, ou l'émergence d'une filière franco-chinoise française en matière de traitement de l'amiante ?
Voici un an, le Clem s'offrait une dernière bataille. Conduite à l'abattoir, la ferraille se rebellait, bousculant au passage certitudes et équations. A l'étonnement général, l'ex-fleuron de la marine revenait à quai, comme à son départ, gorgé d'amiante ! Le retour du Clemenceau sonnait alors le glas de ce qui a pu apparaître comme une facilité, sortir du trouble la tête basse ! Pourtant la nocivité de l'amiante était déjà connue. Pourquoi les murs imbibés d'université ou d'usine n'ont-ils pas suggéré plus tôt une prise de conscience ? Heureusement, le destin n'est pas toujours écrit. Ce qui a été perçu comme un fiasco peut se convertir en leçon. Naguère pilier du savoir faire français, le Clemenceau peut le redevenir en la forme d'un chantier pilote porté par véritable politique industrielle et environnementale en matière de traitement de l'amiante.
Aujourd'hui, le navire vogue dans les plis d'un appel d'offres*. Chacun a remis sa copie. Une solution s'imposera. Encore faut-il que toutes les pistes aient été envisagées. Certains proposent des méthodes reposant sur de hautes températures. D'autres retiennent la sécurisation d'un parcours, depuis l'extraction, la manipulation et l'inertage jusqu'à l'élimination sous la forme de déchet. L'imagination ne manque pas. Certaines solutions de traitement à froid, « en place », viennent d'éclore, qui améliorent de façon significative, et dans des conditions économiques très favorables, la sécurité des personnes ; il serait dommage de ne pas les intégrer dans la démarche en cours. Toutes les options ont leur argument, mais mieux vaudrait ne pas s'enfermer dans ses certitudes. Mieux vaudrait retenir une approche globale qui puisse être opposable à toutes les situations ! En Chine où l'amiante-ciment, toujours utilisée, fait des ravages*, plusieurs universités chinoises se sont concertées pour la mise en place d'une solution de traitement dite « sécurisée ». Ne pourrait-on pas favoriser le rapprochement entre la recherche française et Chinoise ? Les compétences allant s'agrégeant, une filière pourrait naître apportant une réponse internationale à ce problème. A la clef : le traitement d'innombrables cloisons et faux plafonds toujours contaminés, 5000 coques de navire, le matériel roulant des transports ferroviaires, d'autres secteurs encore... A l'honneur : la protection accrue des techniciens et des ouvriers en Chine mais aussi, notamment, ceux de la baie d'Alang qui continuent d'œuvrer, la mort chevillée au corps. Depuis 1957, le Clem a fait 48 fois le tour du globe, désormais porte étendard d'une solution franco-chinoise, la ronde peut se poursuivre mais, cette fois, la tête haute !
Ecrit par François de la Chevalerie (Paneurochina), Daniel Joubert et Jacques Humbert (IR & Amiante)
* Les chiffres officiels demeurent discrets mais selon des études réalisées en établissement hospitalier dans le Shandong, les cancers supposés liés à une présence d'amiante sur le lieu de travail seraient en nette augmentation.
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