Le parlement taïwanais a adopté jeudi en première lecture un projet de loi autorisant l'organisation d'un referendum pour modifier la Constitution de l'île, malgré des menaces de représailles de Pékin contre toute velléité d'indépendance.
Les députés ont adopté en première lecture, par 114 voix contre 96, un article controversé du projet de loi permettant d'amender la Constitution, y compris sur les articles clé de l'indépendance ou de la réunification avec la Chine continentale. Trois lectures sont nécessaires à une adoption définitive.
Les députés ont aussi voté une clause donnant au président le pouvoir d'appeler à un vote sur l'indépendance "si la Chine tente d'utiliser la force pour réunir l'île au continent".
Les députés continuaient à débattre d'autres articles portant sur l'organisation de referendums sur d'autres questions sensibles, comme le changement de nom du pays ou de son drapeau.
Même si les députés ont rejeté la possibilité d'un referendum portant directement sur l'indépendance et l'adoption d'une constitution entièrement nouvelle, Taïwan et la Chine risquent de traverser une nouvelle période de tensions.
Mercredi, le gouvernement chinois avait mis en garde l'île contre l'adoption d'une législation qui ouvrirait la voie à une séparation officielle d'avec le continent.
"Si Taïwan adopte une loi créant une base juridique pour l'indépendance de Taïwan, il ne fait pas de doute que nous allons réagir fortement", a averti Zhang Mingqing, porte-parole du Bureau des affaires taïwanaises. Il a refusé de préciser en quoi cette réaction pourrait consister.
Taïwan fonctionne de facto comme un pays indépendant mais la grande majorité de la communauté internationale considère que l'île fait partie du territoire chinois et Pékin a averti qu'une séparation officielle représenterait un casus belli.
La Chine avait de nouveau brandi la semaine dernière le spectre de la guerre avec Taïwan qu'elle considère comme une province à réunir au continent.
Les menaces de Pékin, qui appartiennent à une rhétorique ancienne, se sont faites plus pressantes à l'approche d'échéances électorales dans l'île.
La principale inquiétude de la Chine était le souhait du président taïwanais aux convictions indépendantistes, Chen Shui-bian, de soumettre un projet de nouvelle Constitution à referendum en 2006, pour une entrée en vigueur en 2008. La date coïnciderait avec les Jeux olympiques de Pékin, où la Chine ferait l'objet d'une attention internationale accrue.
La crainte des réactions chinoises aux décisions du parlement ont fait plonger la bourse de Taïwan de plus de 2% jeudi.
La question référendaire, longtemps taboue à Taïwan car elle menace d'ébranler le délicat statu quo avec Pékin, est maintenant utilisée par tous les partis entrés dans la course à la présidence à quelques mois des élections de mars.
Les principaux partis d'opposition ont fini par lever leurs objections au projet, même s'ils continuent de prôner la réunification avec la Chine. Alors que des sondages donnent pour la première fois le président Chen en tête, ils ont dû apporter leur soutien au thème populaire selon lequel les Taïwanais devaient avoir le droit de choisir leur destin.
La question est suivie attentivement aux Etats-Unis, à qui Pékin a demandé de ne pas envoyer de "mauvais signaux" encourageant les forces indépendantistes dans l'île. Elle devrait être au centre des discussions du Premier ministre chinois Wen Jiabao le mois prochain à Washington.
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