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Le mystère Hu Jintao : Portrait d'un apparatchik modèle

On ne sait presque rien de la vie privée de Hu Jintao. Le livre que lui a consacré Ren Zhichu, qui l'a bien connu au début de son ascension, le décrit comme un homme habile mais sans grand caractère.
Qui est donc Hu Jintao ? Cet homme de marbre a tout fait pour que l'on ne sache rien de lui. Il est toutefois possible, en enquêtant sur sa déjà longue carrière, de dessiner à grands traits le profil psychologique de cet animal politique remarquable.

Tous les témoignages de ceux qui l'ont approché le décrivent comme discret, pragmatique, attentionné, mais surtout habile à survivre dans les soubresauts de la politique chinoise. Certains traits de caractère le rendraient plutôt sympathique si l'on ne voyait pas le personnage tout entier tourné vers la construction d'une image politique positive et l'organisation d'un réseau de relations étendu. Désintéressé, Hu est attentif aux personnes, il sait les écouter, mémorise le moindre détail, et fait preuve de sollicitude pour ceux qui sont dans la difficulté.
Détaché des contingences matérielles, il ne rechigne pas à la tâche et met toute son énergie dans la coordination des hommes, tant pendant les campagnes de propagande qu'il met en œuvre que dans les périodes plus paisibles, où il a toute latitude pour fixer lui-même les orientations de travail. Il accorde une grande importance à l'action culturelle, à l'éducation, à la jeunesse.

On le sait prudent, circonspect, méthodique. Pour gagner du temps, dans les années 1980, il apprend l'anglais en écoutant les émissions éducatives de la radio, car le russe qu'il a appris à l'école n'est plus d'une grande utilité. Il affiche un immense respect pour les aînés, obéit à sa hiérarchie, et évite d'afficher toute inclination politique. Quant à sa grande discrétion dans les médias, elle ne date pas d'hier. Dans le Guizhou ou au Tibet, où il a exercé les plus hautes fonctions, les journaux ont vanté ses activités avec retenue. Dans le Guizhou, il a même expressément demandé à la presse de ne pas publier d'articles sur lui.

Le récit des premières étapes de sa carrière est particulièrement instructif. De nombreux témoignages indiquent que, pendant ses années d'études à la prestigieuse université Qinghua, à Pékin – où il a suivi des cours d'ingénierie hydroélectrique –, il a établi un solide réseau de relations, comprenant nombre de futurs hauts dirigeants. Le Parti communiste a rapidement placé des espoirs en cet élève appliqué et talentueux. Activiste dans le domaine culturel, il est vite devenu secrétaire de la troupe de danse. Pour le quinzième anniversaire de la République populaire, il fut l'un des 1 000 étudiants de Qinghua sélectionnés pour participer à la grand-messe. On le vit répéter du matin au soir pendant un mois avant de défiler au pas sur la place Tian'anmen.

Il devient ensuite instructeur politique. Il est d'une grande disponibilité pour ses camarades étudiants, toujours là, que ce soit pour les aider matériellement ou pour organiser des séances d'éducation politique. Une fois diplômé, il reste sur place pour assurer ces mêmes responsabilités. Un an plus tard, la Révolution culturelle commence. Cible de critiques en tant que représentant de la clique au pouvoir, il échappe cependant aux plus rudes traitements, et part en province à l'âge de 26 ans.

Il passe une première année comme ouvrier sur le chantier du barrage hydroélectrique de Liujiaxia, dans la province du Gansu, où il sait faire oublier sa qualité, alors peu politiquement correcte, de diplômé d'une université prestigieuse. Devenu technicien, il n'aura plus jamais affaire au travail manuel. En quelques années, il quitte le domaine technique pour les instances politiques locales et provinciales, et commence une ascension méthodique. Il surfera sur la vague de rajeunissement des cadres du Parti lancée par Deng Xiaoping au début des années 1980, arrivant toujours à l'échelon supérieur en devenant le plus jeune de son niveau.

Il sait trouver le moment opportun de la franchise. En 1980, alors que la réforme économique est encore balbutiante – surtout dans une province du Gansu très arriérée –, il rédige un rapport d'activité dont la sincérité conquiert le cœur de Song Ping, un dirigeant qui va le faire revenir en 1981 à Pékin pour un an d'études à l'Ecole du Parti, pied à l'étrier pour des fonctions de responsabilité à la Ligue de la jeunesse communiste (LJC).

Il sait tout particulièrement travailler à la recherche des équilibres, sans heurter personne. Envoyé au Tibet, il commence par vanter les succès en matière de développement économique de son prédécesseur au poste de secrétaire du Parti de la région. Il passe aussi pour avoir évité les chasses aux sorcières lors de son arrivée à de nouveaux postes. Cette méthode lui vaudra d'obtenir une assez bonne popularité dans le Guizhou.

Il est prêt à assouplir certains principes pour peu que cela lui semble justifié. Lors de son passage à la tête de la LJC, au début des années 1980, il est comme bien d'autres choqué par les frais de banquet engagés lors de la visite du centre dans les provinces en période d'austérité.

Pourtant, il refuse d'appliquer de manière rigide les ordres d'économies qui prévalent, se montrant compréhensif pour les dirigeants locaux, désireux d'être hospitaliers et de raffermir les relations, et se borne à émettre de molles consignes de retenue, l'important étant selon lui de ne faire perdre la face à personne.

Face à la hiérarchie, il est avant tout obéissant, et applique les nouvelles directives dès que le vent tourne. Lorsque la campagne contre la “pollution spirituelle” débute, en 1983, il y engage immédiatement l'appareil de la LJC alors qu'il était jusqu'alors plutôt proche du dirigeant réformiste Hu Yaobang. Ayant constaté une opposition virulente au sein de son organisation, il fait publier peu après dans la presse de la LJC un texte modérément favorable aux thèses réformistes de Hu Yaobang. Et, quand celui-ci raffermit son pouvoir, en 1984, il relance la rhétorique réformiste.

Lorsque Hu Yaobang est destitué, début janvier 1987, il embraie sans sourciller et lance des campagnes dans sa province contre le “libéralisme bourgeois”. En mars 1989, quelques mois après son arrivée au Tibet, des émeutes éclatent. Il applique l'ordre d'imposer la loi martiale, tout comme il s'empressera d'approuver, en juin, l'écrasement du mouvement étudiant prodémocratique place Tian'anmen à Pékin. Mais, dans les mois qui suivent, il se lance dans une série d'enquêtes sur le terrain tibétain qui l'éloigne du tumulte politique. Un an plus tard, le secrétaire général du Parti Jiang Zemin se rendra au Tibet, dont Hu Jintao lui fera les honneurs. Ce sera la première fois que les deux hommes se côtoieront longuement, et le début du destin national de Hu Jintao.

Deux ans plus tard, il est membre du Bureau politique du Parti, responsable du secrétariat du Comité central et directeur de l'Ecole du Parti. Les dix années suivantes, passées dans les arcanes du pouvoir central, le mèneront aux fonctions suprêmes, avec son accession au secrétariat général du PCC en 2002, à la présidence de la République en 2003 et à la présidence de la Commission militaire centrale du PCC en 2004.

D'après : Hu Jintao Zhuan (“Biographie de Hu Jintao”), de Ren Zhichu et Wen Siyong, éd. Ming Jing, Hong Kong, 2002.

Agnès Gaudu - Courrier International

 

Le 25 avril 2005
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