L'armée gouvernementale soudanaise et ses milices massacrent des éléphants en nombre important dans le sud du pays et en Afrique centrale pour alimenter en ivoire le marché asiatique, essentiellement chinois, selon une étude publiée lundi.L'étude de l'organisation de défense des animaux, basée en Grande-Bretagne, "Care for the Wild International", affirme que le Soudan est le centre du commerce illégal d'ivoire dans la région.
Selon l'étude, entre 6.000 et 12.000 éléphants sont tués chaque année en Afrique centrale pour alimenter le marché asiatique en ivoire.Aucune réaction officielle n'a pu être obtenue lundi auprès du gouvernement ou de l'armée soudanaises, après la publication de ce rapport.Le sud du Soudan, la République démocratique du Congo (RDC), la République centrafricaine, le Kenya et peut-être le Tchad sont devenus d'importants pays exportateurs d'ivoire, qui est vendu via le Soudan.
Au Soudan, seule la vente d'ivoire sculpté produit avant 1989, date à laquelle le commerce de l'ivoire a été interdit au plan mondial, est autorisée, rappelle l'étude.Esmond Martin, un spécialiste reconnu des éléphants, qui a dirigé l'enquête, a indiqué aux journalistes lundi à Nairobi, lors d'une conférence de presse, que l'armée soudanaise et les milices pro-gouvernementales avaient envahi le parc national de Garamba, en RDC.Selon lui, "le massacre des éléphants échappe à tout contrôle" dans ce parc situé dans un pays dévasté par deux récentes guerres (1996-97 et 1998-2003).
"Les braconniers sont essentiellement des soldats de l'armée soudanaise qui ont les armes et munitions nécessaires" pour tuer des éléphants, a-t-il accusé.
"Ils ont également accès aux moyens de transport du gouvernement pour transporter les défenses", notamment à Khartoum, selon lui.Environ 75% de l'ivoire vendu au Soudan est acheté par des ressortissants chinois, selon M. Martin, notamment les employés chinois travaillant au Soudan dans les secteurs du pétrole, de la construction et des mines.
Les autres acheteurs importants sont originaires de Corée du Sud et des Etats du Golfe persique.La croissance économique et démographique de l'Asie, notamment de la Chine, a provoqué une hausse des prix de l'ivoire qui est passé de 15 à 43 dollars le kilo en 1997 à 44 - 148 dollars le kilo aujourd'hui, le prix moyen s'établissant à 105 dollars en fonction de la qualité des défenses.
Les statistiques fiables sur le nombre d'éléphants en Afrique centrale sont peu nombreuses mais dans le sud du Soudan, ravagé par 21 ans de guerre civile, le nombre de pachydermes a chuté de 133.000 à 1976 à 40.000 en 1992, selon M. Martin.
"Les responsables chinois essaient de faire quelque chose (pour stopper le trafic d'ivoire) mais c'est un très gros problème", a souligné le spécialiste.En octobre dernier, le Kenya dont les parcs animaliers sont mondialement connus, avait tenté d'imposer un moratoire de 20 ans sur le commerce de l'ivoire pour essayer de freiner un braconnage de plus en plus important.
Mais plusieurs pays d'Afrique australe (Bostwana, Namibie et Afrique du Sud) avaient obtenu lors de la conférence CITES de Bangkok sur les espèces menacées l'autorisation de vendre des biens réalisés à partir du cuir d'éléphants.
L'interdiction du commerce de l'ivoire avait été décidée en 1989 à la suite de l'effondrement des populations d'éléphants dans les années 70 et 80, qui étaient chassés pour leur ivoire.
AFP
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