Voici l'histoire d'une vieille dame qui fut médecin à Pékin, et que tout le monde appelle "Tante Mabel". Elle doit sa notoriété à la force de son témoignage chrétien. Issue d'une famille fortunée, elle vivait dans une grande maison au centre de Pékin...
Tout bascula du jour au lendemain avec la prise du pouvoir par les communistes en 1949. La taille de sa maison la désignait comme appartenant à la classe aisée des propriétaires terriens. On l'en chassa et la força à vivre dans une cabane de jardin, sans autre mobilier qu'un poêle, deux chaises longues et un vieux lit.
Ses convictions chrétiennes la rendaient suspecte, et quand éclata la Révolution culturelle, on la dépouilla de son titre de docteur et on l'envoya pelleter du sable avec une équipe d'ouvriers.
Mais le comble de l'humiliation arriva lorsque les Gardes Rouges -des adolescents à qui l'on avait donné le pouvoir de diriger la Révolution- prirent l'habitude de venir chez elle pour la battre, et la faire défiler
dans la rue avec une pancarte autour du cou portant la liste des crimes qu'on lui reprochait.
Les Gardes Rouges plantèrent un grand écriteau devant sa maison, qui la déclarait indigne de la société car elle avait distribué de la littérature "impérialiste, vantant les Quatre Vieilleries" -en clair, elle avait distribué des bibles- avec la conviction "erronée" que la religion était utile.
Pour les révolutionnaires, un seul dieu était permis : Mao, et une seule bible, le Petit Livre Rouge. Mabel connut l'enfer. Evitée par ses voisins, persécutée chaque jour par les ouvriers de son équipe, elle était régulièrement battue par les Gardes Rouges.
Elle rentra un soir dans sa cabane et dit à Dieu : " Je n'en peux plus ! ". Elle se disait : " J'ai plus de 60 ans, j'ai bien vécu ma vie, Dieu ne m'en voudra pas si je monte au ciel un peu trop tôt. " Elle prit donc un grand hachoir de cuisine, le tint au-dessus de son poignet, mais avant de porter le coup elle prononça encore une dernière prière : " Mon Dieu, si je ne dois pas faire ça, aide-moi. "
Elle n'accomplit pas son geste. Elle reposa le hachoir, s'assit, fondit en larmes, et endura encore huit années de rejet, de persécution et de brutalités. Elle raconte : " Dieu m'a donné la force de persévérer, mais je ne sais pas comment. "
Elle a su bien des années plus tard. A la fin des années 70, après la mort de Mao et le retour au pouvoir de Deng Xiao Ping, la Chine abandonna la révolution culturelle et ses excès, la Garde Rouge, haïe, fut démantelée, et le Petit Livre Rouge tomba en désuétude.
Mabel ne retrouva pas sa maison pour autant. En revanche, elle commença à recevoir un défilé continuel de visiteurs. A son grand étonnement, tous étaient membres plutôt hauts placés du parti communiste. Plus étonnant encore, ils lui demandaient des bibles.
" Pourquoi moi ? Pékin est grand, pourquoi venez-vous précisément chez moi, une vieille dame de 70 ans ? "
La réponse était toujours la même : " Pendant la révolution culturelle, il y avait devant chez vous un grand panneau détaillant vos "crimes". L'un de ceux mentionnés était la distribution de bibles. Alors je suis passé à tout hasard, au cas où il vous en resterait quelques-unes. "
Ainsi, l'écriteau qui lui avait valu tant de misère était devenu la source d'un nouveau ministère. Il avait tenu les gens éloignés d'elle pendant la Révolution culturelle, et maintenant, après tout ce qu'elle avait enduré, il les attirait à elle.
Elle joua ainsi un rôle fondamental, devenant la première personne par qui des bibles sont entrées dans la capitale chinoise. Plusieurs membres importants du parti communiste chinois actuel ont pu trouver la foi grâce à la persévérance de Mabel.
" Cela m'a fait du bien de comprendre pourquoi ", commente-t-elle. " Cela soutient ma foi. Mais c'était dur. Chaque jour était dur. Je ne peux pas dire que j'aie senti Jésus près de moi la plupart du temps. J'ai juste eu la force suffisante pour tenir le coup. "
Magazine "Portes Ouvertes" n° 328 - http://www.portesouvertes.fr
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