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CHINE-JAPON - Concours d'impolitesses

Les relations entre les deux puissances de l'Extrême-Orient ne cessent de se dégrader de façon ouverte. Le dernier accrochage en date concerne l'annulation impromptue par Pékin d'une rencontre officielle entre les deux parties. Une mesure de représailles diplomatiques pour protester contre les visites controversées du Premier ministre japonais, Junichiro Koizumi, au sanctuaire Yasukuni, où reposent des criminels de guerre nippons.Junichiro Koizumi au sanctuaire Yasukuni, août 2004 - AFP

"En de telles circonstances, surtout au moment où le monde célèbre le 60e anniversaire de la victoire sur le fascisme, certains dirigeants japonais, sans aucun égard pour les sentiments du peuple chinois, ont fait des remarques fausses et incorrectes à propos du sanctuaire Yasukuni". C'est en ces termes diplomatiques, rapportés par le China Daily, que le porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, Kong Quan, a commenté, mardi 24 mai, la dégradation des relations entre Pékin et Tokyo.

Une dégradation sur fond de querelle sur l'Histoire, Pékin reprochant à Tokyo de ne pas reconnaître les ravages liés à son impérialisme des années 1930 et 1940. Le conflit plus ou moins larvé, qui a rejailli récemment dans l'affaire des manuels d'histoire révisionnistes japonais, s'est transformé en une confrontation diplomatique remarquable depuis la normalisation des relations entre le Japon et la Chine, en 1972.

La vice-Premier ministre chinoise Wu Yi a annulé à la dernière minute, lundi 23 mai, une rencontre prévue à Tokyo avec le Premier ministre Junichiro Koizumi, officiellement "pour des affaires importantes et urgentes", rapporte le Financial Times. Mais "malgré le ton relativement diplomatique des explications chinoises, les observateurs des relations sino-japonaises n'ont aucun doute sur la véritable raison de l'annulation du voyage de Mme Wu : un différend profond concernant les visites de Koizumi à un sanctuaire de Tokyo consacré aux morts japonais" de la période impérialiste, souligne le quotidien financier britannique.

D'ailleurs, Pékin n'a pas tardé à avancer des critiques beaucoup plus explicites à l'endroit des dirigeants japonais. Dès le 24 mai, la Chine faisait savoir qu'elle les tenait pour responsables de l'échec de la rencontre du 23 mai. Elle a "clairement fait comprendre que ce revirement visait à exprimer sa colère à la suite du refus du Premier ministre Koizumi d'annuler sa visite au sanctuaire Yasukuni".

Dans son éditorial, le China Daily reprend la ligne dure suivie par les autorités chinoises en mettant en doute l'honnêteté de Koizumi, qui a déclaré, le 22 avril lors du sommet Asie-Afrique de Jakarta, que son pays "regardait les faits historiques en face dans un esprit d'humilité". Un principe contredit par l'annonce de son intention de se recueillir à nouveau, comme chaque année, dans ce sanctuaire dédié aux 2,5 millions de Japonais morts au cours des guerres, dont 14 criminels de guerre de classe A de la Seconde Guerre mondiale". D'après ce journal officiel destiné aux étrangers en Chine, "Koizumi a renié ses paroles à plusieurs reprises". En revanche, le quotidien loue "les propositions en cinq points du président chinois Hu Jintao pour améliorer les relations bilatérales".

Côté japonais, le Japan Times rapporte que "le ministre des Affaires étrangères japonais, Nobukata Machimura, a dénoncé, mardi 23 mai, l'annulation de la visite de Wu et déploré l'absence d'excuses de la part de Pékin". Et de rappeler que le Premier ministre japonais considère les critiques de la Chine et de la Corée du Sud sur ses visites annuelles au sanctuaire comme une "ingérence" dans les affaires intérieures nippones. Le Yomiuri Shimbun partage ce point de vue dans son éditorial. Ce grand quotidien conservateur japonais estime que Pékin doit faire des excuses à Tokyo. "La Chine est perçue par de nombreux Japonais comme une nation courtoise respectueuse du protocole. Comment aurait-elle réagi si une personne importante d'un pays étranger s'était comportée comme Wu à l'égard d'un haut responsable chinois ?"

Enfin, le Yomiuri ne croit pas en la bonne foi des arguments chinois et accuse Pékin "d'entraver les efforts d'amélioration des relations entre les deux nations au cours des dernières années". Le journal cite "l'intrusion dans les eaux japonaises d'un sous-marin nucléaire chinois, l'exploitation unilatérale de gisements gaziers en mer de Chine orientale, les manifestations antijaponaises à Pékin et Shanghai, et enfin l'annulation de la visite de Wu". "La Chine devrait surveiller ses manières", résume le Yomiuri.

Courrier International
Philippe Randrianarimanana

 

Le 28 mai 2005
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