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Jacques Chirac veut consolider le "partenariat" avec Pékin

Depuis le début de sa présidence, Jacques Chirac aura démontré un intérêt soutenu pour la Chine, avec laquelle la France entretient des liens politiques sans doute plus intimes que n'importe quel autre membre de l'Union européenne. Cet engagement fut marqué par la politique de "partenariat stratégique" décidée en 1997. Avec la quatrième visite que le président français va entamer mercredi 25 octobre, à Pékin, l'empire du Milieu sera le pays lointain où Jacques Chirac se sera rendu le plus souvent en sa qualité de chef de l'Etat.

Pour M. Chirac, l'importance croissante de la Chine sur la scène mondiale impose d'entretenir avec elle des relations de proximité car il y va de l'intérêt même de la France. M. Chirac est ainsi "persuadé qu'une partie de l'influence et de la place dans le monde de demain dépendra de l'aptitude à construire avec la Chine une relation particulièrement forte", explique le porte-parole de l'Elysée, Jérome Bonnafont.

Si cette visite de quatre jours, qui le conduira de Pékin à l'ancienne capitale impériale de Xi'an, après un détour par le grand centre industriel de Wuhan, au coeur de la Chine, permet peut-être de tirer un bilan de la "politique chinoise" de M. Chirac, les responsables français ne sont pas persuadés que la signature de contrats viendra "récompenser" l'attitude chiraquienne.

Lors de sa précédente visite, il y a deux ans, des contrats avaient été signés pour environ 4 milliards d'euros. Mais la part de marché de la France en Chine (1,4 %) reste modeste comparée, par exemple, à celle de l'Allemagne (4 %). Ces dix dernières années, les investissements français en Chine ont cependant augmenté de 400 % et quelque 3 700 PME y sont représentées. L'objectif français est de doubler ce chiffre. Et, en dépit du caractère déficitaire du commerce franco-chinois, les exportations françaises vers la Chine ont crû de près de 30 % au premier semestre 2006.

Jacques Chirac espère tout de même que cette visite permettra à la France de pousser un peu plus ses pions en Chine, notamment sur "deux dossiers stratégiques". Areva est en concurrence avec l'américain Westinghouse pour la construction de centrales nucléaires de troisième génération, un contrat évalué à 8 milliards de dollars (près de 6,5 milliards d'euros) ; mais les Chinois ne se sont pas encore prononcés. La France est également en lice pour la construction d'une ligne ferroviaire à grande vitesse entre Wuhan et Canton, et Alstom espère pouvoir vendre 500 locomotives.

L'Elysée assure que la dimension économique du voyage présidentiel ne dissuadera pas M. Chirac d'aborder avec son homologue, le président Hu Jintao, les questions des libertés individuelles et du Tibet, sur lesquelles "un certain raidissement" est perçu. L'attitude chiraquienne est dans ce domaine la même qu'envers la Russie de Vladimir Poutine : "Il ne sert à rien de hurler, résume-t-on à la présidence française. Il faut dire les choses clairement, mais avec délicatesse. Et pas publiquement." Face aux atteintes aux libertés et aux droits de l'homme, M. Chirac laisse volontiers le champ de l'indignation "aux associations et aux ONG (organisations non gouvernementales)", qu'un de ses collaborateurs a reçues avant son départ.

Plus généralement, la réussite chinoise "appelle des questions, celle des délocalisations, celle du respect des règles de l'économie de marché", selon M. Bonnafont, ainsi que "des interrogations sur son évolution politique et sociale, sur l'impact écologique de sa croissance, sur son ambition mondiale". Même si le président "a confiance dans la capacité de la Chine à s'affirmer comme une grande nation responsable, attachée à la sécurité internationale et soucieuse de promouvoir un développement économique mondial plus équilibré, plus solidaire et plus respectueux de l'environnement".

Au chapitre international, l'épineux dossier nord-coréen sera évoqué entre les deux chefs d'Etat. "La Chine devient un partenaire important sur la scène internationale. Sa voix compte", indique-t-on à l'Elysée. Paris se félicite que Pékin ait voté comme les quatre autres membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies la résolution sur la Corée du Nord, "pour la première fois sous chapitre VII" de l'ONU, plus contraignant. Les Chinois assurent avoir commencé à appliquer ces sanctions.

Paris suit également avec attention les ambitions de la Chine en Afrique. "La France désire agir avec elle en vue d'accroître le développement du continent africain", indique l'ambassadeur de France en Chine, Philippe Guelluy. Mais M. Chirac devrait indiquer aux dirigeants chinois, selon l'Elysée, qu'"il n'est pas souhaitable que la Chine arrive en Afrique, après les annulations de dettes, en contravention avec les efforts pour obtenir une meilleure gestion des pays africains". La République populaire organise début novembre un spectaculaire sommet sino-africain à Pékin, où sont invités une soixantaine de chefs d'Etat du continent noir.

Rémy Ourdan et Bruno Philip (à Pékin)

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Source : Le Monde,
Le 25 octobre 2006
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