En Chine, ce 11 septembre 2003 marque la « Fête de Zhongqiu »-celle de la mi-Automne, autrement dit : celle de la mi-Août lunaire ou celle de la Lune en vertu du calendrier lunaire.Le Zhongqiu est une de nos principales fêtes traditionnelles. Ce jour férié reste toujours invariable pour le 15 août du calendrier classique, mais variable d'après le calendrier occidental comme le cas de l'année dernière pour le 21 septembre.
D'après le calendrier lunaire, le 8ème mois se situe au milieu de l'automne et le 15ème jour représente la moitié de ce mois. D'où le nom de « Fête de la mi-Automne ». Le 15ème jour de la 8ème lune correspond à cette Journée traditionnelle qui est appelée également « Fête de la Lune ».
Le 15 août lunaire est aussi la « Fête de la Réunion ». Pour les Chinois, la pleine lune symbolise la grande réunion familiale. A cette occasion, toute la famille se réunit autour d'une table surtout dans la cour ou en plein air pour passer dans l'allégresse une soirée agréable, en contemplant la pleine lune et en dégustant le Yuebing-fameuse galette qui incarne la réunion ; alors parents et amis qui vivent lointains nous manquent beaucoup.
Généralement, au soir au 15 août lunaire, la Lune sera la plus ronde, la plus brillante et la plus belle s'il fait beau notamment. « La Lune est la plus ronde le 16 au lieu du 15 août » dit-on souvent ; or l'année dernière, la Lune du 17 a été la plus pleine et claire, chose rare !
« La lune du 15 est moins pleine que celle du 14 » indique-t-on cette année. Le moment pour mieux contempler la Lune pleine, c'est dans la soirée du 10 septembre. Pourquoi ?
Comme vous le savez bien, il y a la nouvelle lune au ler jour et la pleine lune du 15 jour du mois lunaire. L'une et l'autre pourront tomber à l'aube ou au soir, ce qui prévoit un écart d'heures variable. D'après le calcul des astronomes, la pleine Lune de cette année à l'occasion de la Fête Zhongqiu, se situe à 0h36 (heure de Beijing) au 15 août lunaire-11 septembre, cependant au 10 septembre à l'Ouest de la Chine et dans les autres contrées dont L'Asie centrale, l'Afrique, l'Europe et l'Amérique.
Depuis l'antiquité, Contempler la lune nous suscite tant d'imaginations et d'illusions, aussi tant de nostalgie au lieu d'origine ou de naissance et à nos parents et proches lorsqu'on est dans une contrée étrangère. Ca donne beaucoup d'inspirations à nos poètes et écrivains qui ont laissé d'innombrables ouvrages romantiques à passer à la postérité.
Ce soir nous vous proposons de lire quelques poèmes dédiés à la Lune qui furent composés par Li Bai, Du Fu, Wang Wei et Su Dongpo, grands poètes de la Dynastie des Tang et de celle des Song, deux importantes époques marquant l 'apogée de la poésie chinoise.
LI BAI, dit Li Taibai (Sichuan 701 - 762)
Surnommé de l'«Immortel de la poésie», il est considéré comme le deuxième poète le plus grand et romantique après son contemporain et ami Du Fu, le « Saint de la poésie chinoise ».
« NUIT CALME»
Devant mon lit, clairs de la Lune
Qui me semblent de la gelée au sol
Levant la tête pour regarder la Lune
Tête baissée je songe au pays natal
« LIBATION SOLITAIRE AU CLAIR DE LA LUNE »
Parmi les fleurs un pot de vin,
Je bois tout seul sans un ami.
Levant ma coupe, je convie le l'air de lune ;
Voici mon ombre devant moi : nous sommes trois.
La lune, hélas, ne sait pas boire ;
Et l'ombre en vain me suit.
Compagne d'un instant, ô vous, la lune et l'ombre !
Par de joyeux ébats, faisons fête au printemps !
Quand je chante, la lune indolente musarde ;
Quand je danse, mon ombre égarée se déforme.
Tant que nous veillons, ensemble égayons-nous ;
Et, l'ivresse venue, que chacun s'en retourne.
Que dure à tout jamais notre liaison sans âme :
Retrouvons-nous sur la lointaine Voie Lactée !
DU FU ( 712 - 770 )
Le « Saint de la poésie », le poète le plus grand et réaliste en Chine classique, en écrivant de nombreux poèmes sur les souffrances du peuple.
«MES FRERES ME MANQUENT LA NUIT DE LUNE »
Le tambour de garnison sonna la désertion des passants
L'Automne à la frontière fait entendre les cris des oies
La rosée devient blanche à partir de cette nuit
La lune est la plus claire dans ma contrée natale
Mes frères se sont obligés de me séparer partout
Je m'informais s'ils sont vivants ou morts.
L'expédition de mes lettres n'a pas été réussi
Puisqu'on vit encore la tourmente de la guerre
« VOISIN COTE SUD »
Le maître du village du Brocart a son turban à cornes noir corbeau
Au potager, on ramasse taros et châtaignes, pas vraiment miséreux
Accoutumés à voir des hôtes, les gosses sont contents
Ils ont des miettes sur le perron, les oiseaux, passereaux apprivoisés
En automne la rivière n'a que quatre ou cinq pieds de profondeur
La barque fruste ne contient que deux ou trois personnes
Sables blancs; bambous bleu clair, port au crépuscule
Je raccompagne l'hôte au portail de bois, charmante nouvelle lune
WANG WEI (699-759)
« NOSTALGIE »
Tout seul en terre étrangère comme hôte étranger
Chaque Fête me manquent beaucoup mes parents
Au loin je sais que mes frères auraient monté là-haut
Et accroché des blanches du Zhuyu en mon absence
« PLAGE AUX GALETS BALNCS »
Limpide peu profonde, galets blancs sous l'eau
Les verts roseaux, on pourrait les saisir
Des familles habitaient aux rives du ruisseau
Elles lavaient la soie grège au clair de lune
Su Dongpo (1036-1101)
Dit Su Shi, le plus grand poète des Song
Alors préfet de Mizhou (Shandong) à l'âge de 40 ans, à l'occasion de la Fête de Zhongqiu, toute la nuit, il contemplait la Lune en buvant le bon vin. Ivré, il composa ces vers dédiés aussi à Zi You, son petit frère qui fut secrétaire à Jinan.
«J'INTERROGE LA LUNE »
--Sur l'air de Shuidiao Getou »
Lune claire, depuis quand existe-t-elle?
Tenant mon vin, j'interroge le Ciel:
On ne sait pas au Palais céleste,
Cette nuit en quelle année c'est.
Je voudrai chevaucher le vent pour y aller,
Mais aux pavillons du Palais en jade ou sur les hauteurs,
Je crains de ne pouvoir supporter le froid et la solitude.
Alors je me mets à danser, se balance mon ombre claire,
comme si l'on l'agissait au monde.
En tournant derrière la pagode vermillon
Et au ras des fenêtres sculptées,
La Lune éclaire celui qui ne dort pas;
Est-il possible qu'elle ait du ressentement
à toujours être pleine lors des séparations?
Pour l'homme tristesse ou joie, séparation ou réunion,
Pour la Lune, ciel couvert ou dégagé, invisible ou pleine,
De ces deux choses, depuis l'antiquité,
Il est difficile d'en avoir le meilleur en même temps.
Je nous souhaite seulement de vivre aussi longtemps,
A mille li, l'un de l'autre ensemble sous la lune.
----Le Quotidien du peuple en ligne, le 11 septembre 2003----
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