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États-Unis : La grande Parade de Hu Jintao

Visite du président chinois aux États-Unis
LA GRANDE PARADE DE HU JINTAO

PÉKIN - MARC ALLARD

Ce sont les yeux rivés fixés au rétroviseur que le président chinois effectue sa première visite officielle aux États-Unis. Devant les centaines de millions de téléspectateurs qui suivent son périple en Chine, Hu Jintao compte projeter l'image d'un chef d'État au faîte de sa puissance mondiale, traitant d'égal à d'égal avec son homologue américain.

À Washington, M. Hu est pourtant attendu de pied ferme. Face au déséquilibre commercial croissant, à la sous-évaluation chronique du yuan, la devise chinoise, et l'irritante position de la Chine dans les dossiers iranien et nord-coréen, le protectionnisme anti-chinois monte aux États-Unis.

Soucieux de ne pas se mettre à dos les précieux consommateurs américains, les Chinois ont poursuivi depuis un moment une campagne d'apaisement aux États-Unis. À l'occasion d'une discussion privée l'an dernier, le président Hu aurait été jusqu'à confier à George Bush qu'il n'avait ni l'intention ni les moyens de contester l'hégémonie internationale des Américains, car trop absorbé par ses problèmes intérieurs. Récemment, une imposante délégation de gens d'affaires chinois s'est aussi rendue au pays de l'Oncle Sam, où elle a signé des contrats avec 100 entreprises américaines. Ce qui comprend l'achat de 80 Boeing 737,  pour un montant d'environ 4,6 milliards $ US. 

Protocole
Mais, curieusement, durant les douze mois de négociations qui ont précédé le déplacement de M. Hu, la diplomatie chinoise s'est surtout montrée intéressée par les questions protocolaires. "Sous plusieurs aspects, le protocole est ce qui est le plus important pour la visite du président Hu aux États-Unis", soutient Michael Green, qui a été, jusqu'en décembre 2005, chargé des affaires asiatiques au Conseil national de sécurité américain. M. Green, qui enseigne maintenant à l'Université Georgetown, avait préparé la visite du président chinois aux États-Unis en septembre 2005, mais celle-ci avait été annulée en raison de l'ouragan Katrina. Selon lui, 80 % des discussions précédant la venue d'un leader chinois concernent le protocole.

Au final, les États-Unis et la Chine ne se sont pas entendus sur l'intitulé même de la visite du président chinois. En écho aux récriminations américaines, le président Bush a refusé d'accorder à la visite du président Hu le titre de "visite  d'État". M. Hu n'aura donc pas droit au «souper d'État". Néanmoins, il sera, avec sa femme, l'invité d'honneur d'un dîner officiel à la Maison Blanche.

Pour leur part, les Chinois persistent à dire qu'il s'agit bien d'une visite d'État, puisque M. Hu aura droit aux honneurs militaires et aux 21 coups de canon. Bref, les deux parties ont convenu d'être en désaccord. En 1997, Bill Clinton avait attribué une pleine "visite d'État" à Jiang Zemin, l'ex président chinois. "Or, les présidents chinois sont toujours en compétition permanente avec leurs prédécesseurs, remarque Michael Green. Hu Jintao, qui n'est au pouvoir que depuis trois ans, voudrait que son étoile brille autant que celle de Jiang Zemin ou de Deng Xiaoping."

Apparences
Contrôlées par le gouvernement, les médias nationaux sont donc tenus de souligner chacune des attentions accordées à leur nouveau leader durant son épreuve américaine. En revanche, ils doivent taire les protestations qui entourent chaque arrêt du président chinois. À Seattle, par exemple, les caméras s'attardent sur le passage de M. Hu à "la maison du futur" de Bill Gates, le fondateur de Microsoft. En revanche, elles occultent toute manifestation contre la censure sur Internet. À l'Université Yale, où M. Hu est également attendu aujourd'hui, les Chinois sauront sans doute que leur président y a tenu un mémorable discours. Mais ils ignoreront tout des manifestations pour les droits de la personne qui ont eu lieu à l'extérieur du "périmètre de sécurité".

En outre, le succès de la rencontre entre Hu Jintao et George Bush à la Maison Blanche, jeudi, se mesurera à son impact sur le public chinois. "Les dirigeants chinois entendent montrer à leur public qu'ils sont respectés aux États-Unis", explique Philip Harris, spécialiste des relations sino-américaines à l'Université Lingdam, à Hong Kong.

"Les Chinois sont très sensibles sur cette question, poursuit-il. Ils ont été humiliés par l'Histoire durant les 60 dernières années, et aujourd'hui ils tirent une grande satisfaction lorsque les Occidentaux et les Japonais reconnaissent leur émergence comme puissance mondiale."

Aussi lointain que cela puisse paraître, l'excursion du président Hu aux États-Unis aspire aussi à calmer le mécontentement dans la campagne chinoise, où 800 millions de Chinois vivent encore dans la misère. En 2005, 87,000 révoltes ont éclaté en Chine, dont la majorité a eu lieu dans les régions rurales. "Que les élites de leur pays soient reçues par les États-Unis, un pays synonyme de richesse, leur donne en quelque sorte un peu d'espoir", note Michael Green.  

Dans la Chine côtière, celle de Pékin, Shanghai et Canton, qui a profité du boom économique, l'excursion américaine de M. Hu vise à attiser le nationalisme. C'est une question d'ego : "Les Chinois des villes sont très fiers de leur richesse et de leur statut de puissance mondiale émergente, explique Michael Green."   

"On se retrouve donc avec un double discours, résume Philip Harris. À l'extérieur,  les dirigeants chinois disent qu'ils émergent de façon pacifique, qu'ils sont inoffensifs. À l'intérieur, ils se présentent maintenant comme une grande puissance, capable de rivaliser avec les États-Unis."

Reste à savoir quelle version il faut croire.

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Source : chine-informations.com,
Le 20 avril 2006
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