Le Japon a par le passé causé des souffrances à de nombreux peuples et éprouve un "profond remords", avec "des excuses sincères toujours présentes à l'esprit", a déclaré vendredi lors du sommet afro-asiatique de Jakarta le Premier ministre japonais Junichiro Koizumi, dans un contexte de forte tension entre Tokyo et Pékin.
"Par le passé le Japon, à travers son administration et son agression coloniales, a causé des torts et des souffrances à des peuples de nombreux pays, en particulier de nations asiatiques. Le Japon regarde droit en face ces faits historiques, dans un esprit d'humilité", a déclaré M. Koizumi.
"Et, avec un sentiment de profond remords et avec des excuses sincères toujours présentes à l'esprit, le Japon s'est constamment résolu, depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale, à ne pas devenir une puissance militaire mais une puissance économique, résolvant tous ses problèmes d'une voie pacifique, sans recourir à la force", a-t-il ajouté.
Le Premier ministre japonais n'a pas mentionné la crise actuelle opposant Tokyo à Pékin, alors que leurs relations sont au plus bas depuis 30 ans.
Des responsables chinois ont déclaré que si M. Koizumi présentait des excuses alors il serait probable que le président Hu Jintao accepte de le rencontrer en marge du sommet. Les deux hommes se sont retrouvés dans la même salle vendredi matin, sans entrer en contact.
Tout comme M. Koizumi, M. Hu n'a fait aucune mention dans son intervention de la tension entre les deux pays.
De violentes manifestations anti-japonaises avaient éclaté ces dernières semaines en Chine, après que Pékin eut accusé Tokyo de minimiser les atrocités commises par les troupes japonaises pendant la Seconde guerre mondiale.
Cependant à Tokyo, une délégation de parlementaires japonais a, comme chaque printemps, visité vendredi le sanctuaire patriotique du Yasukuni, où les pélerinages réguliers du Premier ministre Junichiro Koizumi déclenchent la colère de la Chine et des deux Corées.
Cette initiative collective, en hommage aux soldats japonais morts sous les drapeaux, avait pour cadre le Festival de printemps annuel du sanctuaire shintoïste du Yasukuni.
Toutefois, aucun membre du gouvernement ne faisait partie de la délégation, composée de 168 parlementaires et assistants de la coalition gouvernementale comme de l'opposition, mais dont la visite tôt dans la matinée est restée relativement discrète. Le politicien le plus gradé était un ancien président de la Chambre des représentants, Tamisuke Watanuki.
"Il est naturel que les Japonais aillent au sanctuaire et prient pour les morts tombés au champ d"honneur. Je voudrais que les pays voisins, en particulier la Chine et la Corée du Sud, comprennent cela", a plaidé Takao Fujii, un organisateur des pélerinages des parlementaires au Yasukuni.
"Nous visitons ce sanctuaire par pure intention de ne pas repartir en guerre. Ce n'est pas une distorsion de l'histoire", a souligné M. Fujii.
Le Premier ministre conservateur rebute régulièrement Pékin à propos de ses visites au sanctuaire du Yasukuni, excipant du refus de se laisser dicter sa conduite par la Chine.
Ce sanctuaire est consacré aux anciens combattants japonais, dont sept criminels de guerre condamnés par les Alliés après 1945 comme le général Hideki Tojo. Situé en plein coeur de Tokyo et à deux pas du Palais impérial, il est considéré par ses détracteurs comme un symbole du militarisme du Japon impérial des années 1930-40.
Depuis son arrivée au pouvoir en 2001, M. Koizumi s'y rend au moins une fois par an.
"Je me rends au sanctuaire pour jurer de ne plus jamais faire la guerre et pour me recueillir sur la tombe de ceux qui sont tombés au champ d'honneur", a encore répété mardi M. Koizumi. "Chaque pays a sa propre histoire, ses propres traditions, chacun a des opinions différentes. Ce qui est crucial, c'est d'approfondir la compréhension mutuelle", avait-il expliqué.
S'il est pro-américain --il soutient sans faille les Etats-Unis en Irak--, M. Koizumi ne cache pas ses sympathies nationalistes. On le dit amateur des écrits des jeunes kamikazes de la Seconde Guerre mondiale.
AFP
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