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Des anticorps ont protégé des souris contre la grippe aviaire

Une équipe internationale de chercheurs fait état de l'utilisation d'anticorps provenant de cellules immunitaires de personnes ayant récemment survécu au virus fortement pathogène H5N1 de la grippe aviaire pour soigner des souris infectées par ce virus et pour protéger d'autres souris contre des doses normalement mortelles de ce virus.

Les fruits de la recherche découlaient d'une collaboration entre des scientifiques de l'Institut national des maladies allergiques et infectieuses (NIAID), que chapeaute l'Institut national de la santé (NIH), de l'Institut suisse de recherche en biomédecine, et de l'unité de recherche clinique de l'université Oxford au sein de l'hôpital des maladies tropicales, au Vietnam.

« Si le succès de cette première étude est confirmé par d'autres essais en laboratoire et essais cliniques, le recours aux anticorps monoclonaux humains pourrait se révéler être une intervention thérapeutique et prophylactique de santé publique très utile pour lutter contre la grippe pandémique », souligne le docteur Anthony Fauci, directeur du NIAID, dans un communiqué publié le 28 mai.

Les anticorps monoclonaux sont des protéines créées en laboratoire à partir de substances naturelles produites par l'organisme pour lutter contre les maladies.

Cette découverte est annoncée alors que de nouveaux cas d'infections chez l'homme par le virus hautement pathogène de la grippe aviaire ont été décelés en Chine et en Indonésie. Ces nouveaux cas portent à 308 le nombre total d'infections chez l'homme par ce virus et à 186 le nombre de décès.

Dans un communiqué daté du 30 mai, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) fait état de la déclaration par le ministère chinois de la santé d'un nouveau cas d'infection chez l'homme par le virus H5N1 confirmée en laboratoire le 23 mai.

Il s'agissait d'un soldat de 19 ans déployé dans la province de Fujian. Atteint de fièvre et manifestant des symptômes semblables à ceux d'une pneumonie depuis quelques jours, il avait été hospitalisé le 14 mai. Il n'aurait pas été en contact avec des oiseaux malades et les personnes de son entourage font l'objet d'une surveillance médicale. Sur les 25 cas d'infections chez l'homme par le virus H5N1 de la grippe aviaire confirmés en Chine, 15 ont eu une issue fatale.

En Indonésie, le ministre de la santé a déclaré un nouveau cas d'infection par le virus H5N1 chez une petite fille de la circonscription de Wonogiri, dans la province centrale de Java. Ses symptômes ont débuté le 8 mai ; hospitalisée le 15 mai, elle est décédée deux jours plus tard. Les premières enquêtes ont révélé qu'elle s'était trouvée à proximité de volailles malades. Sur les 97 cas confirmés en Indonésie, 77 ont entraîné la mort.

Les anticorps monoclonaux

Le système immunitaire reconnaît les envahisseurs - les antigènes - que sont les substances étrangères telles que les virus. Les anticorps sont les défenses naturelles contre les antigènes.

Les anticorps ont une action spécifique et chacun d'eux s'attache à un antigène particulier qu'il attaque. Lorsque certains anticorps sont actionnés, tels ceux contre la varicelle et la rougeole, ils confèrent une protection contre ces maladies. C'est cette propriété qui permet la mise au point de vaccins.

La technologie, en ce qui concerne les anticorps monoclonaux, permet aux chercheurs de produire de grandes quantités d'anticorps purs à partir des cellules qui produisent naturellement des anticorps dans l'organisme. Les scientifiques se servent aussi de cellules « éternelles », qui se reproduisent continuellement en cultures.

S'ils se servent de ces cellules pour créer une hybride qui combine les caractéristiques de la pérennité à la capacité de produire la substance souhaitée, ils ont alors une usine biologique qui produit des anticorps en permanence.

Protéger contre le H5N1

Les travaux qui sont à l'origine de la production des anticorps humains qui ont protégé les souris contre le virus H5N1 ont pu avoir lieu parce que quatre adultes vietnamiens infectés par le virus H5N1 de la grippe aviaire ont consenti à donner un échantillon de sang peu de temps après avoir recouvré la santé.

En Suisse, le docteur Antonio Lanzavecchia a extrait des globules blancs producteurs d'anticorps des échantillons fournis et, grâce à une méthode mise au point par ses soins, il a pu leur faire produire de grandes quantités d'anticorps.

Ensuite, l'équipe du docteur Kanta Subbarao, du NIAID, a vérifié 11.000 échantillons contenant des anticorps fournis par l'équipe suisse et ont trouvé que quelques-uns étaient capables de neutraliser le virus H5N1.

Sur la base de cette découverte, le docteur Lanzavacchia a mis au point quatre anticorps monoclonaux qui produisent des anticorps pouvant spécifiquement neutraliser le virus H5N1.

Les chercheurs du NIAID ont procédé à plusieurs essais, vérifiant d'abord si les anticorps monoclonaux humains contre le H5N1 pouvaient protéger les souris contre une forme aiguë de l'infection par le H5N1.

Les souris auxquelles on avait injecté des anticorps monoclonaux ne ciblant pas le H5N1 sont mortes dans la semaine qui a suivi. Celles qui ont reçu les premiers anticorps monoclonaux ciblant le H5N1 ont survécu et 80 % des souris qui ont reçu une dose plus forte des deuxièmes anticorps monoclonaux ont survécu.

Utiliser des substances dérivant du sang de personnes ayant survécu à la grippe n'est pas, selon les chercheurs, une toute nouvelle idée.

Durant l'épidémie de grippe de 1918-1919, par exemple, des médecins ont prélevé du sang chez les malades qui s'en étaient remis et l'ont transfusé à des personnes nouvellement infectées. Il semblerait que lorsqu'elles furent faites au début de la maladie, ces transfusions réussirent parfois à sauver des patients.

Selon le docteur Subbarao, les conclusions des recherches montrent à la fois qu'il est possible de produire rapidement des anticorps monoclonaux capables de neutraliser le virus H5N1 de la grippe aviaire à partir du sang de personnes ayant été infectées par ce virus en voie de guérison et que les anticorps monoclonaux otiennent de bons résultats pour le traitement d'une infection par le H5N1 et pour empêcher la mort des sujets atteints, tout au moins les souris.

Les chercheurs envisagent d'intensifier leurs travaux en accroissant la production d'anticorps monoclonaux contre le H5N1 et, si la technique se révélait sans danger lors d'essais supplémentaires chez l'animal, d'en évaluer les résultats dans le cadre d'essais cliniques chez l'homme.

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

Cheryl Pellerin

anticorps   H5N1   grippe aviaire   sciences  

Source : USINFO,
Le 05 juin 2007
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