Le Dalaï Lama est actuellement en visite au Royaume-Uni, après s'être rendu en Allemagne, et avant de visiter l'Australie, les Etats-Unis et la France. Comme à chaque fois, la Chine ne se prive pas pour dénoncer les rencontres entre le leader tibétain et des dirigeants occidentaux, eux-même pris entre deux feux : ménager un partenaire économique et politique de poids, tout en allant dans le sens voulu par l'opinion publique.
L'arrivée en Allemagne du Dalaï Lama le 15 mai est révélatrice : recevoir le dignitaire tibétain de nos jours est un cadeau empoisonné pour les chefs d'état occidentaux, de plus en plus soucieux de caresser la Chine dans le sens du poil.
Or, il est bien connu que si le chef spirituel tibétain en exil jouit d'une image idéalisée à l'ouest, il est plutôt diabolisé dans l'Empire du milieu : «homme au coeur de bête», «sécessionniste», instigateur des émeutes de mars», Pékin n'y va pas avec le dos de la cuillère dans la réthorique pour décrire le prix Nobel de la Paix.
Recevoir ou non «Sa Sainteté» est aujourd'hui un choix politique d'importance, et les divisions dans le gouvernement allemand en sont l'exemple. Des frictions dans le gouvernement de coalition ont ainsi été mises à jour, notamment lorsque le ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, s'est plaint de la décision de sa collègue de la Coopération, Heidemarie Wieczorek-Zeul, d'avoir un entretien avec le Dalaï Lama.
L'affaire avait déjà fait grand bruit lorsque Angela Merkel avait reçu personnellement le dignitaire tibétain en 2007. Elle a d'ailleurs tenu à se justifier via son porte parole de ne pas avoir organisé, ni fait pression, pour la tenue de la rencontre ce mois-ci.
Si elle n'a pas mis à jour de divisions dans le gouvernement britannique, la venue du Dalaï Lama à Londres a confirmé l'embarrassement des puissances occidentales : Gordon Brown a ainsi rencontré le leader tibétain dans un cadre officiellement non politique mais religieux, en déplaçant la rencontre au siège de l'Eglise anglicane.
Ce qui n'a pas suffit pour éviter les critiques de Pékin, qui a dénoncé une nouvelle ingérence dans ses affaires intérieures. Quoi qu'il en soit, l'attitude britannique montre bien la fébrilité et les incertitudes d'une grande partie des pays occidentaux face à la question du Tibet : faut-il ménager à tout prix la Chine ou suivre les principes partagés par l'opinion publique.
Reste à savoir maintenant comment se passeront les prochaines visites occidentales du Dalaï Lama, qui après un retour en Inde, se rendra aux Etats-Unis, en Australie, puis en France pendant les Jeux Olympiques de Beijing. Le gouvernement chinois a déjà fait comprendre qu'une rencontre entre Nicolas Sarkozy et le leader tibétain serait des plus malvenues...
N.J. pour Chine Informations
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