Alors que la propriété privée entre dans la Constitution chinoise
La propriété privée a fait son entrée dans la Constitution chinoise en 2004 déjà, mais une loi concrétisant ce principe devrait être adopté ces prochains jours par le Parlement chinois. Alors que l'on assiste en Chine à la longue marche vers l'économie de marché "socialiste", les catholiques de Pékin lancent un appel pour sauvegarder les biens de l'Eglise contre leur saccage et leur accaparement par quelques uns.
Ainsi, accusent-ils, des membres du Parti communiste chinois et des Associations patriotiques s'emparent de la propriété de l'Eglise. Ainsi à Pékin, Mme Chen Maoju, très proche de Mgr Fu Tieshan, l'évêque patriotique, vient de créer une firme à son nom.
L’édifice qui va être exproprié est situé au numéro 81 de la rue Chao Wai Da Jie, près du centre historique et commercial de Pékin, que l'on appelle la "zone d’or". Dans cette zone, le m2 coûte au moins 1'400 euros.
La parcelle visée – très connue – est constituée de deux petites maisons de style occidental, construites au début des années 1900, propriété d'une riche catholique française. Avant de quitter la Chine, elle en avait fait don à l’archidiocèse de Pékin. Cette propriété, comme toutes celles appartenant à l'Eglise, avait été réquisitionnée par le gouvernement lors de la Révolution culturelle. Elle avait ensuite été restituée à l'Eglise suite à l'ouverture de Deng Xiaoping.
Mais la beauté de l'édifice a toujours attiré les convoitises de nombreux bureaucrates sans scrupules, relève l'agence de presse catholique italienne AsiaNews. Il y a une dizaine d'années, des entrepreneurs et des membres du Parti communiste l'avaient occupé pour la réquisitionner. Mais des prêtres et des séminaristes de Pékin avaient mené pendant des jours une manifestation de protestation, avec chants et rosaires, dans le but d'obtenir une intervention de l'Etat.
Comme il y a dix ans, "l'histoire se répète"
Aujourd'hui comme il y a dix ans, affirme l'appel des catholiques de Pékin, "l'histoire se répète". Un groupe essaie en effet de faire signer la "cession" de l'édifice à l’administration du diocèse. Les catholiques pékinois désignent une femme "très proche" de l'évêque patriotique de Pékin, Chen Maoju, qui menace les personnes chargées du dossier de rétorsion et finalement de confiscation dans le but de s'emparer des ces propriétés. Cette personnalité bien connue à Pékin, où elle est surnommée la "mandarine grasse" (pang juzi), a déjà profité d'une longue période de maladie de Mgr Fu pour acheter et vendre des biens de l'archevêché de la capitale chinoise.
Selon AsiaNews, les expropriations et les réquisitions injustifiées sont à l’ordre du jour de l'Eglise chinoise. En novembre 2005, 16 religieuses catholiques ont été battues à Xian par un groupe de "voyous" pour avoir empêché la prise d'une école du diocèse que le gouvernement local avait déjà vendue à des entrepreneurs. A la même époque, un incident semblable a eu lieu à Tianjin: 50 prêtres du diocèse de Yuci et de Taiyuan ont été battus à coups de bâtons pour avoir occupé un édifice propriété des deux diocèses que le Bureau des affaires religieuses voulait vendre. Ces biens servent à l'Eglise pour soutenir ses activités et pour la mission dans les zones les plus pauvres à l’intérieur du pays.
D'après la loi chinoise, les biens de l'Eglise séquestrés durant la Révolution Culturelle, que ce soient des édifices religieux, des écoles, des hôpitaux, des Universités, des bibliothèques ou d'autres bâtiments, doivent lui être restitués. Mais les organes qui contrôlent l'Eglise – que ce soient les Associations patriotiques ou les Bureaux des affaires religieuses - continuent à se considérer comme propriétaires, vendant ses biens, les transformants en édifices de rente ou en auberges, tout en encaissant les revenus de ces opérations, écrit AsiaNews. Selon des données fournies par le Centre d'Etude Holy Spirit à Hong Kong, les biens injustement confisqués et non restitués s'élèveraient à quelque 13 milliards d'euros.
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