
La nouvelle obsession américaine : Le péril chinois
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EDITO : La rivalité avec Pékin n'est pas feinte
L'inquiétude des Américains – ou, du moins, de certains observateurs – est allée crescendo ces dernières années. Mais c'est à l'automne 2004, avec la réélection de George W. Bush, qu'elle est devenue palpable. Dans la presse dite de qualité, il n'est pas une semaine sans qu'il y ait un article d'opinion ou une vaste enquête sur la Chine, ses ambitions et sa future puissance. Nul doute que ce mouvement est encouragé à la fois par les députés de tous bords et les syndicats, mais également par les think tanks républicains. Pourquoi le pouvoir américain a-t-il peur de la Chine ou pourquoi veut-il faire peur en brandissant sans cesse la “menace chinoise” qui pèserait sur les Etats-Unis ?
D'abord en raison d'éléments tactiques. Embourbé dans le dossier irakien, le gouvernement Bush a changé de rhétorique l'an dernier, abandonnant la “lutte contre le terrorisme” pour mieux évoquer la “sécurité nationale” et viser Pékin. Rappelons au passage que les néoconservateurs ont très bien retenu la leçon principale de leur maître à penser, Carl Schmitt, à savoir que faire de la politique, c'est se choisir un ennemi*. Exit donc l'“engagement constructif” cher à Bill Clinton ; désormais, la Chine est le seul rival.
Ensuite à cause d'éléments concrets, notamment la guerre commerciale. De fait, la Chine est devenue l'usine du monde, et les Etats-Unis sont de loin son premier client. Autre inquiétude : l'énergie et les ressources pétrolières. On sait que l'un des objectifs de Washington, en envahissant l'Irak, était de contrôler le Moyen-Orient pour avoir un avantage stratégique sur la Chine, qui n'a que très peu de sources d'approvisionnement en hydrocarbures. Les difficultés en Irak et la montée des prix du brut rendent donc les deux acteurs nerveux.
Enfin, il existe des inconnues sur les ambitions chinoises. Car Pékin joue sur plusieurs tableaux. Il négocie avec la Corée du Nord, noue des relations privilégiées avec Moscou et New Delhi, et s'intéresse de près à l'Afrique comme à l'Amérique latine. In fine, les Cassandre américains n'ont-ils pas raison de s'inquiéter pour les décennies à venir ?
* A lire à ce sujet, L'Amérique messianique, d'Alain Frachon et Daniel Vernet, Le Seuil, 2004.
Philippe Thureau-Dangin
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