Séoul, AP, le 6 juin 2002
Derrière chaque transfuge nord-coréen arrivant en Corée du Sud, il y a des mois de planification et de danger, impliquant religieux et militants des droits de l'homme. Ces transfuges, et les groupes les soutenant, sont certes le cauchemar de Pyongyang, mais aussi de Séoul, et de la Chine, par où ils transitent.Sur les 583 Nord-Coréens ayant fait défection l'année dernière, les deux-tiers on été aidés par ces organisations. "Les gens disent que nous sommes fous mais nos convictions religieuses nous poussent à les aider", explique Lee Seo, pasteur protestant.
Ces groupes sont bien sûr honnis par Pyongyang mais n'ont pas pour autant le soutien de Séoul, qui voit dans leurs activités un frein à ses efforts de réconciliation avec le Nord, et avec la Chine.
Depuis des années, ces organisations de défense des droits de l'homme et groupes missionnaires mènent des opérations illégales d'aide humanitaire dans le nord-est chinois, fournissant vivres, hébergement et matériel religieux (chrétien ou bouddhiste) à des Nord-Coréens qui y vivent dans la clandestinité après avoir fui leur pays.
Depuis la terrible famine qui a fait des milliers de morts dans le dernier pays stalinien de la planète dans les années 90, les Nord-Coréens, n'ayant rien à perdre, se sont mis à franchir le fleuve frontalier avec la Chine. On pense donc qu'aujourd'hui il y aurait en Chine de 100.000 à 300.000 de ces réfugiés anonymes. Depuis 1998, 1.440 d'entre eux sont arrivés en Corée du Sud, dont pas moins de 300 depuis le début de l'année.
Même si beaucoup de Nord-Coréens ont recours aux services de passeurs professionnels, qui leur réclament au moins deux millions de wons pour franchir les frontières, soit environ 1.700 euros, une somme astronomique, d'autres le font par seule conviction.
Ces "passeurs humanitaires" emmènent parfois, au péril de leur vie, les fugitifs jusqu'en Mongolie, ou jusqu'au Vietnam, à la Thaïlande, au Cambodge et à la Birmanie. Et font pression pour qu'ils soient accueillis en Corée du Sud.
Pour lutter contre ces clandestins, La Chine a récemment renforcé la sécurité des frontières et raflé des Nord-coréens.
Du coup, les groupes de soutien aux Nord-Coréens ont changé de tactique: ils ont récemment commencé à organiser des intrusions dans des ambassades étrangères, dans l'espoir de déclencher un exode massif, comme cela s'était produit avec les Allemands de l'Est avant l'ouverture du mur de Berlin.
En mars, 25 Nord-Coréens faisaient irruption à l'ambassade d'Espagne à Pékin. Ils sont désormais en Corée du Sud. Début mai, trois autres réclamaient l'asile au consulat américain de Chenyang, dans le nord de la Chine. Ils purent partir pour Séoul via Singapour.
Cet exode de la misère et de la peur irrite tous les gouvernements impliqués. Pour Pékin, ils sont des "migrants illégaux". Mais il est difficile de les renvoyer dans les griffes de la totalitaire Pyongyang sans risquer s'attirer les foudres de l'opinion publique internationale.
Jusqu'à présent, Pékin a autorisé ces demandeurs d'asile à partir pour Séoul, via des pays tiers.
Pour les militants aidant les Nord-Coréens, Séoul de son côté n'en fait pas assez pour les soutenir. La Corée du Sud entretient des relations commerciales étroites avec Pékin et essaye de pousser le régime de Pyongyang à l'ouverture. "La question des transfuges Nord-Coréens est un champs de mines politique, qui affecte la relation trilatérale entre les deux Corée et la Chine", conclut Suh Dong-man, professeur de l'Université Sangji de Séoul.
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