PARIS (AFP) - Airbus (Paris: NL0000235190 - actualité) , qui
attend une grosse commande lors de la visite du Premier ministre
chinois en France, intensifie ses efforts pour pénétrer le marché
chinois en multipliant les partenariats industriels locaux, au risque
d'y laisser une partie de son savoir technologique.
L'avionneur européen, qui revendique aujourd'hui 34% de parts de marché
en Chine contre 60% pour son rival américain Boeing (NYSE: BA -
actualité) , ambitionne de monter à 50% d'ici 2013 dans l'Empire du
Milieu.
L'enjeu est de taille. La Chine, où le trafic aérien affiche des taux
de croissance près de deux fois supérieurs à la moyenne mondiale,
devrait devenir le deuxième marché après les Etats-Unis, avec des
besoins en avions neufs compris entre 1.600 et 2.600 unités sur 20 ans,
selon les estimations des constructeurs.
Passé maître dans l'art de capter les technologies qui lui font défaut,
Pékin a imposé des règles claires: la conquête de son marché passe par
des investissements susceptibles de développer sa propre industrie
aéronautique.
"Nous devons être présents en Chine et y accroître nos partenariats
industriels pour augmenter nos parts de marché. Si vous refusez la
coopération et le transfert de technologies, ce marché vous est fermé",
confirmait fin novembre le président d'Airbus, Gustav Humbert.
Boeing a signé un contrat de sous-traitance en Chine de 600 M USD pour ses 787, 777 et 737.
Airbus a aussi décidé de jouer le jeu, en impliquant davantage les
fournisseurs chinois. Une opération séduction qui lui permet dans la
foulée de réduire ses coûts dans une zone réputée pour sa main d'oeuvre
bon marché.
L'avionneur européen a octroyé aux industriels chinois 5% de son
programme de long-courrier A350, sur la base d'une prise de risque
partagée. Airbus compte employer 200 ingénieurs d'ici 2008 dans un
centre de recherche à Pékin.
Le constructeur a également entrepris de transférer à la Chine la
technologie de fabrication de la voilure complète des A320, dont les
Britanniques ont jusqu'ici la charge.
Cinq sociétés chinoises participent déjà à la fabrication de pièces
destinées aux avions Airbus: parties du train d'atterrissage avant de
l'A380, portes d'A320, d'A330...
Et le groupe européen EADS, maison mère d'Airbus, n'exclut désormais plus de construire une ligne d'assemblage en Chine.
Airbus compte sur ces efforts d'enracinement pour renforcer sa position
en Chine face à Boeing. En 2005, l'avionneur a enregistré 69 commandes
fermes (43 pour l'américain), après 58 l'an dernier.
La compagnie aérienne China Southern a commandé en janvier cinq avions
géants A380. Quant à l'A350, il n'a toujours pas trouvé preneur en
Chine, mais Airbus espère rapidement engranger "un nombre significatif
de commandes". De l'avis des observateurs, Airbus doit toutefois
veiller à rester prudent dans ses choix d'externalisation en Chine,
sous peine d'être victime de détournements technologiques.
Après s'être contenté d'un rôle de sous-traitant Airbus et Boeing,
Pékin affiche désormais des ambitions grandissantes dans l'aviation
civile avec son programme ARJ-21, un appareil destiné à transporter
jusqu'à 105 passagers.
"La question est de savoir quelle technologie de pointe vous pouvez
transférer sans menacer vos droits de propriété intellectuelle. C'est
un point crucial dans nos discussions avec les Chinois. Nous devons
nouer des accords, mais en nous assurant de rester maître de cette
technologie pour éviter d'être copiés plus tard et que la coopération
se retourne contre nous", a commenté le président d'Airbus à Dubaï.
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