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Bourse : Chez les courtiers de Shanghaï, dix comptes s'ouvrent chaque seconde

BOURSE CHINOISE

Copyright © Le Figaro - Daweide, le 16-05-2007 00:00
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Retraités, étudiants, tous reconnaissent que le risque est « énorme », mais personne ne veut manquer les affaires mirobolantes de la Bourse chinoise.

PAS DE LUXE ostensible chez Wang Lizhi. Costume austère et lunettes de comptable sur le nez, le sérieux trentenaire n'a pas l'air d'un millionnaire dans son pays. Et pourtant, ce cadre du secteur public a déjà empoché trois millions de yuans (300 000 euros) sur le marché boursier. Parti en mars 2006 avec un investissement de 60 000 euros, il a déjà multiplié sa mise par cinq en un an seulement. « Mais je ne vais pas m'arrêter là, mon but est d'avoir un capital de plus de 100 millions de yuans (10 millions d'euros) », affirme le jeune homme. Il observe d'un oeil tranquille les soubresauts de l'indice et laisse ses actions jouer au yo-yo. « Le marché va continuer à monter, en attendant il y aura des turbulences, mais je ne m'inquiète pas, ça continuera de grimper », analyse-t-il. En attendant, il ne touche pas à ses actions et se contente de son salaire de cadre supérieur d'une entreprise d'État : « Je peux très bien vivre avec mes 4 000 yuans (400 euros) par mois. »

Ancien thésard en économie, il estime que « le principal problème de la Bourse chinoise est que trop de gens qui n'y connaissent rien investissent ». Brimés dans leur fièvre immobilière par les mesures anti-surchauffe prises par le gouvernement, qui restreignent les investissements dans ce secteur prisé, les particuliers se sont retournés depuis deux ans vers les marchés de Shanghaï et de Shenzhen. Les réformes engagées en 2005 par Pékin pour assainir ses places boursières en piètre état ont donné le signal. « Avant, il y avait d'autres moyens en Chine de gagner de l'argent, c'était l'immobilier, aujourd'hui c'est le marché », résume le jeune investisseur, qui a lui-même constitué son premier pécule en achetant un appartement, réalisant une plus value de 150 % en six mois.

« Je n'y connais rien »

Découragés par les autres, rares, possibilités de placement - à 2 %, le taux d'intérêt qui rémunère l'épargne est inférieur à l'inflation -, les petits investisseurs chinois se tournent en masse vers la Bourse de Shanghaï. « Les taux d'intérêt trop bas sont une manière artificielle d'inviter les épargnants à acheter des titres », affirme Stephen Green, économiste à la Standard Chartered Bank. Depuis le début de l'année, les Chinois ont donc ouvert plus de 15 millions de comptes chez des courtiers, soit trois fois plus qu'au cours de toute l'année 2006, selon le China Securities Journal.

Cette euphorie a fini par gagner Zhu Kongfeng. « C'est ce que tout le monde fait en ce moment, alors je me suis dit que j'allais déjà commencer par ouvrir un compte et ensuite investir », assure la jeune femme de 23 ans, dans l'atmosphère étouffante d'une des salles de courtage d'Orient Securities à Shanghaï, dont le décor évoque davantage un hall d'attente de gare routière qu'un lieu de rendez-vous pour apprentis investisseurs. « Je n'y connais absolument rien, alors je vais d'abord apprendre comment le marché fonctionne et ensuite j'achèterai », poursuit-elle. Zhu rejoindra ainsi le rang des 90 millions de petits porteurs que comptait la Chine en avril. Sans doute plus aujourd'hui. Pour les actions de type A (libellées en renminbi, nom officiel de la monnaie chinoise), pas loin de dix comptes de particuliers s'ouvrent chez les courtiers chaque seconde !

Une retraite à faire fructifier

La fièvre boursière a même franchi les portes de l'université. À 22 ans, Hu Jianyuan est en maîtrise de gestion des entreprises à Fudan, la plus prestigieuse université de Shanghaï « pour en apprendre le fonctionnement plutôt que simplement gagner de l'argent ». Dès qu'il le peut, il va faire un tour sur Internet pour surveiller le cours des actions et éventuellement acheter et revendre.

Ses parents lui ont confié un modeste pécule de 12 000 yuans (1 200 euros) à faire fructifier. En trois mois, ses actions ont déjà pris 10 %, mais « je fais ça plutôt pour apprendre comment ça fonctionne », reconnaît l'étudiant. Avec trois camarades, ils s'amusent à comparer leurs « résultats », même si « au final, on a les mêmes gains puisque, à force d'en parler, on investit dans les mêmes entreprises ».

Quid du risque ? La notion a l'air toute théorique dans la bouche de chacun de ces petits porteurs. Le risque est « énorme, mais personnellement je ne perdrai pas d'argent, car je saurai vendre au bon moment », assure M. Wang. Quant au jeune Hu, la réglementation qui prévoit l'arrêt des échanges sur les titres qui ont pris ou perdu plus de 10 % suffit à le rassurer. Tous restent très sereins face aux à-coups du marché. Le mini-krach de février est oublié depuis longtemps. En trois mois, la Bourse de Shanghaï a bondi de 50 %. Hier, elle a terminé sur une nouvelle hausse de 0,6 %, ­au-dessus du seuil symbolique des 4 000 points.

Pour Stephen Green, « si Pékin ne prend aucune mesure pour refroidir le marché, il est possible que l'index composite de Shanghaï dépasse les 5 000 points d'ici à un mois ». Analystes et investisseurs croient fermement que les autorités centrales ne laisseront toutefois pas la Bourse s'emballer avant les Jeux olympiques de 2008, vus en Chine comme la consécration d'une ouverture économique réussie.


JULIE DESNÉ

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