Alors que les élus québécois et canadiens multiplient leurs efforts pour courtiser le géant chinois, Pékin est embarrassé par la révélation selon laquelle des milliers de femmes ont été contraintes récemment à des avortements et stérilisées contre leur gré dans une province de l'est de la Chine.
Le magazine américain Time, dans un reportage paru la semaine dernière, affirme que 7000 femmes ont été ainsi traitées dans un seul canton de la province de Shandong entre mars et juillet. Or la loi de planification familiale introduite par le gouvernement en 2002 interdit tout recours à la coercition physique pour convaincre les familles de limiter les naissances.
Une femme de 23 ans, citée par le magazine, affirme qu'elle a été attachée dans une clinique et que des médecins, à l'aide d'une seringue chargée de poison, ont percé son abdomen pour tuer son foetus de neuf mois.
Time affirme que plusieurs personnes ont été battues à mort pour avoir cherché à protéger leurs proches de la stérilisation forcée.
Time ajoute que les responsables régionaux de cette vague d'avortements et de stérilisations avaient été critiqués l'année dernière par le gouvernement parce que le nombre de naissances excédait les cibles établies.
Dans un communiqué diffusé il y a quelques jours sur son site Internet, la commission de planification familiale chinoise a confirmé que des abus étaient survenus dans la province en relevant que « certaines personnes... avaient contrevenu à la loi et violé les droits et les intérêts des citoyens alors qu'ils réalisaient du travail de planification familiale ».
L'organisme ajoute que des personnes ont été relevées de leurs fonctions et que d'autres sont détenues en attendant la suite de la procédure. Aucun chiffre n'est donné sur le nombre de femmes victimes de ces pratiques.
Mickey Spiegel, spécialiste de la Chine à l'organisation Human Rights Watch, se dit étonnée par l'ampleur des abus relevés. Elle note, en entrevue, qu'il est difficile de savoir quelle est l'étendue de ces pratiques à l'heure actuelle en raison du manque de transparence du régime communiste.
La politique chinoise en matière de planification familiale, souvent décrite comme la « politique de l'enfant unique », permet théoriquement aux familles d'avoir plus d'un enfant, note Mme Spiegel. Elle impose cependant des délais entre les accouchements et des pénalités financières souvent insurmontables, qui peuvent varier largement d'un endroit à l'autre.
Bien que la pratique qui consiste à fixer des cibles de natalité soit en voie de se résorber selon un récent rapport du département d'État américain, elle persiste dans plusieurs provinces, ce qui encourage le recours à la manière forte. Plusieurs provinces, relève le document, conservent une clause rendant obligatoire l'interruption de la grossesse si les règlements n'ont pas été respectés.
L'agence de planification familiale chinoise se félicitait, il y a quelques semaines, du fait que les stratégies adoptées au début des années 70 ont permis de limiter la croissance démographique « galopante » du pays, qui compte aujourd'hui plus de 1,3 milliard d'habitants.
L'administration américaine voit les choses d'un autre oeil et presse Pékin de faire cesser toute forme de coercition. En réponse notamment aux récriminations du lobby anti-avortement, le président George W. Bush bloque depuis plusieurs années la contribution américaine au Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) en l'accusant de soutenir des avortements forcés en Chine.
L'UNFPA, qui vise notamment à contrer la mortalité infantile et la propagation du VIH, déplore l'attitude américaine. Son porte-parole, Abubakar Dungus, relève que plusieurs études, dont une produite par les États-Unis, démontrent que l'organisation ne soutient d'aucune manière les pratiques coercitives utilisées par certains responsables chinois.
« Nous condamnons fermement ces pratiques et nous demandons que les personnes responsables soient poursuivies », a indiqué hier M. Dungus, en précisant que le fonds n'était pas actif dans la région dont parle le magazine Time.
Il se dit très reconnaissant par ailleurs du soutien apporté par le gouvernement canadien aux activités de l'UNFPA dans le monde. La ministre de la Coopération internationale, Aileen Carroll, avait annoncé l'année dernière que le gouvernement fédéral entendait majorer sa contribution de près de 70 millions de dollars d'ici 2008 pour soutenir les activités du fonds.
Le Canada ne croit pas, contrairement à Washington, que les actions de l'UNFPA en Chine favorisent les avortements forcés. « Des enquêtes ont démontré que le Fonds est efficace et que ses pratiques ne sont pas néfastes pour la santé des mères ou des enfants », a indiqué hier le porte-parole de Mme Carroll, Andrew Graham.
cyberpresse
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