L'Asie, poubelle du monde pour les rebuts informatiques
DECHETS
La Chine, le Pakistan et l'Inde sont devenus la poubelle du monde en matière d'ordinateurs et autres rebuts informatiques toxiques, a dénoncé lundi un collectif international d'organisations de défense de l'environnement à San Francisco, aux Etats-Unis.
Ces déchets, surnommés "e-déchets", augmentent au rythme de 18 % par an, a précisé le collectif, regroupant notamment les organisations pakistanaise Scope, indienne Toxic Links, Greenpeace-Chine et la Coalition sur les polluants de la Silicon Valley, une association américaine. Et le problème qu'ils posent en termes de santé et d'environnement ne peut que croître au fur et à mesure qu'augmente le parc d'ordinateurs mis au rebut, a-t-il ajouté.
Ces organisations ont ainsi dénoncé la situation dans le secteur de Guiyu, en Chine, au bord du fleuve Lianjiang, à quatre heures de route au nord-est de Hongkong, secteur particulièrement pollué selon elles. Plusieurs tonnes de ces "e-déchets" finissent dans le fleuve, dans les champs ou dans les canaux d'irrigation, si bien que l'eau potable doit désormais être acheminée par citernes, affirme le collectif. Quelque 100 000 personnes y travaillent, hommes, femmes et enfants, s'acharnant à coups de marteau et de burin à démonter des vieux ordinateurs et écrans.
UN "CAUCHEMAR"
Selon le rapport, ces gens qui essaient de recycler les rebuts informatiques sont souvent "ignorants des dangers que représentent leurs activités pour la santé et l'environnement — notamment les feux à ciel ouvert de plastique et de câbles, l'orpaillage à l'acide, la fonte de circuits imprimés toxiques, et la destruction de tubes cathodiques pleins de plomb", utilisés dans les écrans d'ordinateur. C'est un "cauchemar de l'âge cybernétique", explique Jim Puckett, porte-parole du BAN (réseau d'action de Bâle), qui fait partie du collectif. "Ils appellent cela recyclage, mais de fait c'est un autre nom pour poubelle." Les organisations ont précisé qu'elles enquêtaient sur des informations faisant état de nombreux sites sembables au Pakistan et en Inde, certains à Karachi et New Delhi.
Les associations de défense de l'environnement ont accusé l'industrie technologique américaine d'avoir favorisé ces décharges, en soutenant une loi autorisant l'exportation de ces rebuts en les classant parmi les déchets recyclables, plutôt que parmi les polluants. "La Silicon valley ne veut pas empoisonner la Chine", a déclaré Margaret Bruce, directrice des programmes sur l'environnement au sein du Silicon Valley Manufacturing Group (SVMG), organisation de défense des intérêts du secteur de la haute technologie, qui compte parmi ses membres les sociétés Intel, Cisco et Apple. "Malheureusement, les restes de l'explosion de la haute technologie finissent là où ils ne devraient pas", a-t-elle ajouté. Michael Wero, autre porte-parole du SVMG, a précisé que l'industrie de la haute technologie luttait avec la question de savoir qui devait légiférer en matière de "e-déchets". "Est-ce les Etats ? Le gouvernement fédéral ? Il va falloir décider", a-t-il dit.
Mais pour les défenseurs de l'environnement, l'industrie a eu plus que le temps nécessaire pour régler ce problème des rebuts informatiques, estimés en 1998 par le Conseil national de sécurité américain à sept millions de tonnes. "Ils ont eu vingt ans pour décider ce qu'il fallait faire", a expliqué Ted Smith, porte-parole de la Coalition sur les polluants de la Silicon Valley, en dénonçant l'irresponsabilité du secteur.
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