
Après une année 2006 marquée par la perte d'un gros contrat avec Pékin et un coûteux retard de deux ans dans la construction du réacteur nucléaire EPR en Finlande, Areva tient un début de revanche. Anne Lauvergeon, présidente du directoire du leader mondial du nucléaire, vient de signer un protocole d'accord pour la vente de deux réacteurs EPR dits "de troisième génération" à un groupe chinois, selon Le Figaro de jeudi 1er février.
Par crainte de froisser les Chinois, qui réclamaient la confidentialité, Areva se refuse à confirmer la signature du protocole. Il a été passé avec le partenaire traditionnel d'Areva et d'EDF en Chine, la China Guandong Nuclear Power Company (CGNPC) de la province du Guandong, qui exploite déjà les centrales "françaises" de Daya Bay et de Ling Ao. Attendue au Forum économique de Davos, la présidente d'Areva s'est finalement rendue en Chine, dans les derniers jours de janvier, pour parapher ce protocole. Mme Lauvergeon n'avait jamais totalement perdu espoir de vendre des EPR en Chine. Même si, après deux ans d'études, le gouvernement chinois avait finalement tranché, le 16 décembre 2006, en faveur du réacteur AP 1 000 du groupe américain Westinghouse (racheté en 2006 par le japonais Toshiba) pour la livraison de quatre réacteurs de troisième génération (Le Monde du 19 décembre). Un choix avant tout dicté, semble-t-il, par des raisons diplomatiques et la volonté de Pékin de réduire l'excédent commercial avec les Etats-Unis.
A contrario, le succès d'Areva est aussi celui du chef de l'Etat, Jacques Chirac, qui a régulièrement plaidé en faveur du groupe français auprès de son homologue chinois Hu Jintao.
LES PROMESSES DU MARCHÉ INDIEN
Le protocole d'accord présente un second volet important : la mise à l'étude de ce que Areva appelle un "partenariat global" avec la Chine, évoqué il y a un an, à Paris, lors de la visite du premier ministre chinois, Wen Jiabao. Dans ce cadre, le groupe français souhaite vendre un paquet global, qui irait de l'enrichissement de l'uranium jusqu'au retraitement des combustibles usagés en passant par la fourniture de réacteurs.
Pour l'heure, Areva est le seul groupe à pouvoir fournir ses clients sur l'ensemble du cycle nucléaire. Moscou vient néanmoins de constituer Atomprom, holding nucléaire publique, elle aussi fondée sur le modèle d'une entreprise intégrée, destinée à renforcer la compétitivité de la Russie, déjà bien implantée en Chine, en Inde et en Iran. Une sorte de "Gazprom du nucléaire civil" capable de concurrencer les Français (Areva), les Américains (General Electric) et les Japonais (Westinghouse-Toshiba, Hitachi, Mitsubishi).
Areva s'est fixé un objectif ambitieux : fournir un tiers des réacteurs nucléaires dans le monde en 2011. Fournisseur d'EDF, elle a déjà tout le marché français. Sa cible principale est le marché américain. Les Etats-Unis vont relancer le nucléaire, gelé depuis l'accident de Three Mile Island en 1979. Ils ont déjà porté la durée de vie de leurs centrales à soixante ans, et c'est de loin le marché le plus mature.
Autre cible, encore plus prometteuse que la Chine selon Mme Lauvergeon : l'Inde. Les plus optimistes estiment que ses entreprises d'électricité pourraient commander jusqu'à cent réacteurs dans les prochaines décennies, bien plus que les quelque trente prévus par Pékin. D'autant que par sa puissance (1 650 MW), l'EPR correspond aux attentes des électriciens indiens, jugent les experts d'Areva.
En juillet 2006, lors d'un déplacement en Inde, Mme Lauvergeon n'avait pas ménagé ses efforts. Elle avait dit "espérer qu'une part importante de réacteurs EPR soit fabriquée ici", les usines installées en Inde pouvant aussi fabriquer des composants de centrales réexportés à travers le monde. Les obstacles au développement de l'atome civil en Inde, pays qui n'a pas signé le traité de non-prolifération, ont été levés en 2006 par George W. Bush.
Restent d'autres marchés prometteurs en Europe, mais à plus long terme. C'est le cas de la Grande-Bretagne, qui est très soucieuse de réduire ses émissions de C02, de renouveler un parc de centrales obsolètes et de compenser le déclin de sa production pétrolière en mer du Nord.
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