Vingt-cinq millions d'hommes chinois risquent de rester célibataires en raison des avortements sélectifs pratiqués dans les années 80 sur des embryons ou foetus féminins, ont prévenu mercredi des démographes présents au 25e congrès international de la population à Tours.
"Environ 25 millions de garçons chinois de plus, tous en âge de se marier, chercheront une femme chinoise... Ces garçons seront sans succès dans leur entreprise courtisane", prédisent dans leur communication Dudley J. Poston Jr et Karen S. Glover, du département de sociologie de l'université du Texas.
"Depuis le début des années 80, il est né en Chine plus de garçons qu'il n'y aura de filles avec lesquelles ils pourront se marier", expliquent-ils, estimant que le déséquilibre se fera sentir "autour de 2015, et jusque vers 2030".
"Que feront tous ces hommes quand ils ne pourront pas trouver de femmes ?", s'interrogent les chercheurs. Une recrudescence de l'homosexualité ou de la polygamie leur apparaît assez improbable.
En revanche, ils n'excluent pas des ghettos d'hommes à Pékin, Shangai et dans les grandes villes en général, avec une hausse de la criminalité, de la prostitution, et des maladies sexuellement transmissibles.
"Il naît normalement 105 garçons pour 100 filles et cette constante biologique de l'espèce humaine est immuable" en l'absence d'intervention extérieure, rappelle à l'AFP le chercheur français de l'Institut national des études démographiques (Ined), Gilles Pison.
"Pourtant, la proportion de garçons chez les nouveaux-nés s'est mise à augmenter dans les années 80 dans plusieurs pays de l'Asie du Sud-Est, notamment en Chine et en Corée du Sud", poursuit-il, mettant cela sur le compte des avortements sélectifs, et non de l'infanticide des petites filles. En 2000, le "sex ratio" (ratio par sexe) était encore en Chine de 117 naissances masculines pour 100 naissances féminines, selon lui.
"Une préférence marquée pour les garçons existe dans ces pays", poursuit M. Pison. Or le risque de ne pas en avoir est devenu plus élevé avec la baisse de la fécondité (passée de cinq à six enfants par femme en Chine en moyenne dans les années 1960, à moins de deux aujourd'hui).
Enfin, le développement de l'échographie a permis de connaître le sexe de l'enfant avant la naissance, ouvrant la voie aux avortements sélectifs, à un stade avancé de la grossesse.
"Le déséquilibre des sexes est apparu aussi à Hong Kong quand l'île n'était pas rattachée à la Chine. Plus récemment, on a découvert que des avortements sélectifs se pratiquaient en Géorgie, en Azerbaïdjan et en Arménie. Le phénomène prend de l'ampleur en Inde, au Pendjab et dans l'Haryana (nord)", ajoute M. Pison.
"Une des conséquences, c'est que la croissance démographique à venir sera sans doute plus faible qu'on imaginait" dans ces pays, explique-t-il. "Pour assurer le renouvellement des générations, il faut que les femmes aient 2,1 enfants chacune quand le 'sex ratio' est équilibré. Avec 120 garçons pour 100 filles, il faut que chaque femme ait en moyenne 2,3 enfants".
"Avec l'évolution du statut des femmes, on peut toutefois imaginer une correction de ce déséquilibre demain, quand le désir d'avoir une fille sera aussi important que celui d'avoir un garçon chez les couples", espère M. Pison.
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