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Dernière mise à jour le 12 mai 2008 à 11:36

A Shaoshan, dans le sud de la Chine, un voyage au pays du Dieu Mao

"Allez, faites un voeu au président Mao", lance une jeune femme à ses deux enfants, tous prosternés devant la statue géante de l'illustre fondateur de la Chine communiste, dressée dans son village natal, à Shaoshan.

Elle est l'une de ces centaines de "pélerins" qui affluent ici quotidiennement, dans cet endroit du sud de la Chine, pour vénérer la figure du dirigeant communiste 30 ans après sa mort. Comme peuvent le faire certains catholiques avec la Vierge Marie, ils viennent en quête de protection et de bonne fortune.

"Nous venons ici chaque année pour lui rendre hommage, le président Mao est un grand homme", dit la mère, âgée d'une trentaine d'années, qui ne veut pas donner son nom.

Dans un restaurant tenu par une famille, dont le patriarche a rencontré Mao lors d'une visite à la fin des années 1950, de l'encens est posé devant une autre statue de bronze à taille humaine.

"C'est un signe de respect, après sa mort, il est devenu un Dieu", dit une femme de la famille.

Dans cette province du Hunan, les villageois évoquent même les trois "miracles" qui ont lieu en 1993, lors du centième anniversaire du "Grand timonier".

Selon la légence locale, le camion qui transportait la statue de bronze a eu une panne lors de son passage dans la province voisine de Jiangxi, un signe que l'esprit de Mao souhaitait passer la nuit à l'endroit où avait débuté la Longue Marche qui aboutirait en 1949 à la prise du pouvoir par les communistes.

Le même jour, selon ces croyances, la lune a brillé en pleine matinée au-dessus de son village natal, les azalées ont fleuri en plein hiver...

"Je crois que son esprit est vraiment revenu, il veille toujours sur nous", dit Guo Dongru, un paysan de 37 ans.

Partout en Chine, des chauffeurs de taxi accrochent son image sur leurs rétroviseurs intérieurs. Même au Tibet, il n'est pas rare sur les autels familiaux de le voir côtoyer les figures mythologiques du bouddhisme tibétain.

Et ses erreurs, comme le Grand bond en avant ou la Révolution culturelle, qui ont pourtant coûté la vie à des millions de personnes et en ont fait souffrir tant d'autres, ne semblent pas toucher les fidèles, bien au contraire.

"Mao est resté en bonne santé et robuste à travers de nombreuses guerres et tumultes, touchez cela si vous voulez bénéficier des mêmes bienfaits", dit un guide à une troupe de touristes dans le temple ancestral de la famille Mao.

L'objet de toutes les attentions est une pierre d'un mètre de haut, où, le jeune Mao, après sa naissance le 26 décembre 1893, avait été consacré selon les rituels populaires bouddhistes et taoïstes.

Le temple a été transformé en un lieu de culte maoïste, où un buste de bronze de Mao est entouré de cigarettes, de vin de riz et de fleurs.

Pour les analystes, cette idôlatrie n'est guère surprenante dans une Chine officiellement communiste, dont le régime maintient un contrôle sévère dans le domaine idéologique.

"Maintenant, les gens considèrent Mao Zedong comme une figure légendaire, comme tant d'autres figures populaires", dit Xu Youyu, professeur de philosophie à l'Académie des sciences sociales à Pékin.

"Dans un système où aucun débat n'est autorisé sur Mao, cette adoration n'est pas vraiment étonnante", ajoute-t-il.

De plus, pour ceux qui ont été formés dans la Chine athéiste du "Grand timonier", Mao comble un vide spirituel.

"Ma mère ne croit pas en Dieu ou en Bouddha, toute sa vie, elle a placé sa foi dans le président Mao", explique un ingénieur en télécommunications de 27 ans, Xiao Biqiang, qui se trouve à Shaoshan pour représenter sa mère malade.

"C'est un réconfort pour elle", dit-il.


Source : Cyberpresse,
Le 08 septembre 2006
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